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Les éventails d'épaulements PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Claude Beaudevin   
Mercredi, 06 Mars 2013 18:07

Les environs du village de Montguers (Baronnies, Drôme) présentent un relief original. Ce village se situe dans une vallée presque close en forme de feuille de laurier, entourée de sommets qui s'élèvent à 1352 m à la Montagne de la Clavelière. A l'extrémité est se situe le col de Perty (1302 m). Sur le versant nord de la vallée, sous le Sommet de la Clavelière, on remarque plusieurs épaulements voisins qui forment, en quelque sorte, un éventail.

La carte montre les dimensions de la vallée, environ 6 km par 2 km.

Eventail d'épaulement sous la Montagne de La Clavelière (Drôme)

La carte du relief, également due à l'IGN, est encore plus explicite.

Eventail d'épaulement sous la Montagne de La Clavelière (Drôme)

Epaulements sous la Montagne de la Clavelière (Drôme)

Voici deux de ces épaulements de la Claveliére, photographiés depuis la piste d'accès à la montagne.
 

Ce relief n'est pas le seul de ce genre, il en existe plusieurs autres dans la même région. Un exemple entre beaucoup, voici celui qui entoure le village de Bruis (Alpes-de-Haute-Provence) et qui présente même, se faisant face, deux ensembles d'épaulements.

Nous appelons éventail d'épaulements ce type de relief .
 

On sait que les épaulements que l'on peut observer sur les flancs d'une vallée ont été créés par le passage d'un glacier. Cette région des Baronnies n'ayant pas été fréquentée par les glaciers pendant les deux dernières glaciations, il faut donc remonter au Mindel, seule glaciation, nous l'avons montré dans d'autres pages de ce site, à s'être aventurée aussi loin vers le sud.

Les éventails d'épaulements constituent, plus encore que des épaulements séparés, des sites témoins très fiables et faciles à identifier, tant sur les cartes que dans les paysages. À lui seul, chacun des épaulements de l'éventail permet, par la cote de son sommet, de connaître celle du glacier qui l'a créé. Mais, de plus, la présence de plusieurs épaulements proches les uns des autres et dont les sommets se situent à des altitudes voisines indique souvent, par de légères variations de celles-ci, quelle était la pente du glacier, donc son sens de déplacement.

On rencontre également des éventails d'épaulements dans d'autres régions, par exemple celui-ci qui se situe sur le versant sud-ouest du Plateau d'Emparis, au-dessus de Besse en Oisans (Isère).

Eventails d'épaulement du Plateau d'Emparis en Isère

L'examen de la carte de ce secteur disponible sur Geoportail va d'ailleurs nous apporter une surprise : un éventail d'épaulements peut en cacher un autre ! Ou tout au moins le cacher à l'objectif du photographe, rivé au sol, mais non à ceux de l'IGN, qui circulent en altitude.

Evantails d'épaulements sur le Plateau d'Emparis (Oisans)

Au premier plan, en bas de l'image ci-dessus, voici, couverts de prairies verdatres, les trois épaulements photographiés plus haut. Mais sur l'image figure également, au second plan, un autre éventail, formé de six épaulements et situé sur l'autre versant de la vallée suivante, celle du Ga.

Sur l'image qui suit, la ligne en pointillés bleus qui réunit les sommets des épaulements du premier plan, à la cote de 2500 m environ, montre le niveau atteint par le glacier du Mindel dans la vallée de Besse-en-Oisans. La ligne en pointillés jaunes qui réunit ceux des épaulements du second plan indique également une altitude de 2500 m environ atteinte par le glacier du Pic du Mas de la Grave qui remplissait alors la vallée du Ga.

Evantails d'épaulements sur le Plateau d'Emparis (Oisans)

L'égalité entre ces deux valeurs ne peut pas s'expliquer par une identité des natures géologiques des terrains, qui sont différentes, mais par l'action érosive de deux glaciers, celui de Besse en Oisans au premier plan et celui du Pic du Mas de la Grave au second. Ces deux glaciers confluaient à l'extrême droite de l'image, avant de rejoindre celui de la Romanche. Leurs surfaces se situaient donc au même niveau.

Ces deux éventails d'épaulements nous fournissent également une indication intéressante : les glaciers mindelien, rissien et würmien s'élevaient ici à la même altitude. En effet si, par exemple le glacier würmien s'était situé à une altitude inférieure à celle de ces prédécesseurs mindelien et rissien, son action érosive se serait attaquée au relief de l'éventail d'épaulements créé lors du Mindel, ce qui n'est pas le cas. On voit donc qu'à cette altitude de 2500 m, les surfaces glaciaires de tous ces glaciers se situaient au même niveau.

 
Modifié le 13 mars 2016

Un dernier exemple sur la façade ouest du Vercors, l'éventail d'épaulements de la Baume Cornillane (Drôme), créé par le lobe du glacier de l'Isère au Mindel.

 

Existe-t-il des éventails d'épaulement ailleurs que dans les Alpes ?

Dans les environs de Spitz (Autriche), les rives du Danube sont exceptionnellement riches en éventails d'épaulements.

En voici un bel exemple, fourni par la baguette (magique) de Marris Jansons

Les éventails d'épaulements des environ de Spitz sur le Danube
 

Comment se forment les éventails d'épaulements ?

Leur formation résulte des mêmes phénomènes que celle des épaulements isolés et des plans d'épaulements, ce qui confirme l'importance du rôle joué par les eaux glaciaires de surface.

Selon nous, nous l'avons dit, ce sont ces eaux qui sont responsables de la création des épaulements. Dans leur parcours le long des rives, à 100 ou 150 m sous la surface, elles utilisent les irrégularités des parois de l'auge pour se frayer un chemin vers le fond de celle-ci. Elles créent alors, à l'aval de ces irrégularités, des moulins de rive, séparés par des parties restées en saillie, qui sont donc les épaulements. Dans les terrains peu résistants ces moulins de rive se présentent sous la forme de ravinements.

Lorsque le débit des eaux glaciaires de surface est faible, du fait, par exemple, d'une altitude importante ou encore d'une faible largeur du glacier, il peut se former un plan d'épaulement. Si après la disparition du glacier, aucun écoulement ne provient du versant qui le domine, le plan d'épaulement ne sera pas tronçonné et conservera sa forme massive.

Le cas des éventails d'épaulements est, pourrait-on dire, inverse de celui des plans d'épaulements. Dans leur cas, en effet, lorsque l'épaisseur du glacier est faible, les eaux glaciaires de surface peuvent aisément se frayer un chemin vers le fond d'auge dès que leur débit atteint une valeur suffisante. Elles donnent alors naissance à un ravinement. Le glacier poursuivant son chemin, de nouvelles eaux glaciaires de surface apparaissent alors, dont le débit augmente en allant vers l'aval. Quant ce débit devient suffisant, un nouveau ravinement prend naissance, séparé du précédent par un épaulement. Et ainsi de suite, à condition qu'il n'existe aucun écoulement important provenant du versant dominant la surface glaciaire. C'est le cas de tous les éventails d'épaulements représenté ci-dessus.

Pourquoi les éventails d'épaulements sont-ils moins fréquents que les épaulements isolés ?

Une fois l'éventail d'épaulements créé lors du Mindel, encore faut-il qu'il ne soit pas détruit par le passage des glaciers rissien et würmien, comme c'est souvent le cas dans les Alpes du Nord. C'est pourquoi on rencontre plutôt les éventails d'épaulements sur la partie sud-ouest de la calotte durancienne, qui n'a pas été atteinte lors du Riss ni du Würm.

Dans le cas de l'éventail d'épaulements du Plateau d'Emparis, l'explication est différente : il est connu que les altitudes atteintes par les glaciers des glaciations successives, très différentes dans le bas d'une vallée, se rapprochent les unes des autres lorsqu'on remonte celle-ci. Les glaciers rissiens et würmiens ont, du fait de l'altitude importante du Plateau d'Emparis, atteint sensiblement la même cote que leurs ancêtres mindeliens. Ils n'ont pas fait disparaître les traces de leur passage, mais les ont réutilisées.

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Mise à jour le Samedi, 12 Novembre 2016 17:41