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Altitude atteinte par les glaciers dans les Alpes PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Claude Beaudevin   
Mercredi, 10 Mars 2010 19:03

Version du 26 juillet 2016

Les grands glaciers quaternaires ont atteint dans les vallées alpines des altitudes très importantes : c'est ainsi qu'à la verticale de Grenoble, le glacier würmien de l'Isère avait sa surface à 1200 m et que le glacier de la Romanche s'élevait à 2650 m au dessus du col d'Arsine. Toutefois les Alpes n'ont, tout au moins au cours de deux dernières glaciations, jamais été recouvertes d'une calotte glaciaire comparable à celles de l'Antarctique ou du Groenland. Les vallées voyaient bien passer de gigantesques fleuves de glace mais les arêtes qui les séparaient émergeaient, en longues crêtes bordées d'innombrables cirques et les principaux sommets n'ont jamais été recouverts.

Nous le verrons plus loin, la surface des anciens glaciers se raccordait, en bien des endroits, à celle des glaciers actuels, signe que la très haute montagne n'était guère plus englacée que de nos jours. Ce fait est corroboré d'ailleurs par l'examen des hauts sommets : les faces, les arêtes sont déchiquetées, reflet d'une érosion périglaciaire (couple gel - dégel) et non lissés par le passage des glaces

Deux méthodes peuvent être utilisées pour déterminer l'altitude atteinte par les glaces dans les vallées alpines :

  1. une méthode théorique, utilisant une formule mathématique qui reflète les propriétés physiques de la glace,

  2. une méthode basée sur l'observation directe du modelé glaciaire dans les paysages, méthode dite d'analyse morphologique glaciaire.


Ces deux méthodes se complètent, mais l'approche théorique du problème ne peut s'appliquer qu'à des vallées suffisamment larges, comme c'est le cas des parties inférieures des vallées du Rhône, de l'Isère et de la Durance. Plus haut dans les vallées, ou encore dans celles trop étroites, les effets de parois se faisaient sentir et la formule ne s'applique plus.

Nos études montrent que c'est au dessus d'une largeur de l'ordre de 4 km que l'approche théorique fournit des résultats valables. En dessous de cette largeur, seul l'examen du modelé glaciaire pourra donc permettre de déterminer l'altitude atteinte par les glaces dans les vallées. Là où elle n'est pas applicable, la méthode théorique fournit toutefois une valeur minimum de l'altitude des glaces.

Pour en savoir plus sur l'approche théorique et son application aux grands glaciers quaternaires.


Les repères morphologiques que l'on peut utiliser pour l'analyse morphologique glaciaire sont les suivants – et le lecteur retrouvera ici quelques-unes des pages qu'il vient de parcourir :

      • les roches moutonnées et autres formes mineures,

      • les épaulements,

      • les moraines latérales et les dépôts glaciaires,

      • les sillons marginaux d'épaulement et de diffluence.

Les épaulements constituent un des repères morphologiques les plus intéressants, car, du fait de leur taille, ils sont beaucoup plus pérennes que ceux énumérés ci-dessus. En particulier, ils nous ont permis d'étudier les glaciations antérissiennes dans les Alpes, étude originale que l'on pourra consulter à la page sur les glaciers du Mindel.

Les versants d'érosion glaciaires peuvent également fournir des indications intéressantes.

 

Nous appellerons sites témoins - ou plus simplement témoins - ceux qui ont été faconnés par le passage des anciens glaciers. L'étude originale qui est présentée ici a porté sur plus de 300 de ces sites porteurs de repères morphologiques, 35 d'entre eux provenant de la littérature et des cartes géologiques et les autres de recherches personnelles sur le terrain.

Ces sites se répartissent dans les principales vallées des Alpes françaises, leurs situations étant précisées sur des cartes figurant dans chacune des pages suivantes. Leurs coordonnées exactes sont également indiquées. Nous n'examinerons ici que les principes de base et quelques-uns des résultats de cette étude, renvoyant le lecteur à ces pages complémentaires pour de plus amples renseignements, en particulier à la page sur l'utilisation et les applications de l'analyse morphologique glaciaire.

La méthode

L'altitude de surface du glacier à l'emplacement de chaque site caractéristique a été déterminée en appliquant les règles suivantes :

  1. La surface du glacier se situait approximativement :

    • au niveau des crêtes des moraines latérales,

    • au niveau ou à un niveau supérieur à celui des dépôts morainiques.

  2. Elle dépassait de :

    • 50 mètres le niveau du fond des sillons marginaux rocheux les plus élevés,

    • 50 mètres celui du fond des sillons marginaux vallonnés les plus élevés,

    • 50 mètres celui du sommet des roches moutonnées.

Ces valeurs résultent de la comparaison, sur les quelques sites qui le permettent, des altitudes de sillons et de moraines latérales voisines. En ce qui concerne les roches moutonnées, il s'agit de la transposition chiffrée de la valeur couramment admise de "quelques dizaines de mètres".

Nous venons de dire "approximativement", nous réservant de préciser ce point dans les diverses pages secondaires que l'on rencontrera au fil de cette étude, en particulier à la page sur l'utilisation et les applications de l'analyse morphologique glaciaire.

 
Modifié le 21 juillet 2016

Comment déterminer l'altitude d'une surface glaciaire à partir de celle de sites témoins ?

Dans le cas des sommets d'épaulement, nous avions choisi jusqu'à présent, pour obtenir l'altitude de la surface glaciaire, de majorer de 50 mètres celle des sommets d'épaulement. Ce chiffre résultait de la traduction chiffrée d'une valeur approximative trouvée sur Internet sous la forme de « l'altitude de la surface glaciaire dépassait de quelques dizaines de mètres celle du sommet des épaulements ».

Dans la suite de nos études, portant sur quelques centaines de sites témoins, nous avons constaté, en comparant les résultats avec ceux obtenus par utilisation des autres règles définies dans notre site, que cette valeur était un peu trop forte. Il est certain d'ailleurs que ce chiffre ne peut pas être fixé avec précision, car il dépend d'autres facteurs telle que la résistance à l'érosion de la roche sous jacente. Nous considèrons maintenant que  la valeur de 50 mètres conduit à une valeur supérieure de l'altitude du glacier.

Comment utiliser les sites témoins selon leur nature

Par contre, à titre d'exemple, l'altitude fournie par un clapier d'origine glaciaire constitue une valeur minimum : un clapier d'origine glaciaire s'est formé par gélifraction d'un bloc erratique ; dans le cas où existent plusieurs clapiers voisins, la prise en compte du plus élevé d'entre eux doit fournir l'altitude de la surface glaciaire si le bloc erratique se situait sur la moraine latérale. Mais il pouvait se trouver légèrement plus bas que cette moraine latérale ou avoir glissé quelque peu après s'être déposé. Dans ce cas, l'altitude de la surface glaciaire devait être plus élevée que celle du clapier d'origine glaciaire. L'altitude du site témoin constitue donc une valeur inférieure de la surface glaciaire, ce que nous indiquons clairement dans les tableaux de caractéristiques.

C'est l'inverse dans le cas des ravinements : par suite des érosions postglaciaires (érosion régressive, en particulier), la surface du glacier pouvait être inférieure à celle du sommet du ravinement. L'altitude du site témoin constitué par le sommet du ravinement constitue donc une valeur supérieure de l'altitude du glacier.

Que faire de ces valeurs ?

On ne peut comparer des valeurs moyennes à des valeurs supérieures ni à des valeurs inférieures. C'est pourquoi, dans le cas des sommets d'épaulement, plutôt que de continuer à utiliser la valeur de 50 mètres, nous l'avons aujourd'hui diminuée. Nous utilisons à présent une valeur de l'ordre de 25 mètres, à partir de laquelle nous indiquons, pour l'altitude de la surface glaciaire, une valeur arrondie à la dizaine de mètres la plus proche. L'utilisation d'un chiffre rond en dizaines de mètres sous-entend que nous n'avons pas la prétention de donner une valeur exacte au mètre près.

À titre d'exemple, un sommet d'épaulement situé à 1122 mètres fournira une altitude de surface glaciaire de 1150 mètres.

Nous sommes bien conscient que cela peut poser un problème au lecteur très attentif, car l'altitude du site témoin et celle de la surface glaciaire figurent dans deux colonnes voisines des tableaux de sites témoins.

Le lecteur nous pardonnera, espérons-le, cette imprécision. Mais comment pourrions-nous faire autrement ?

 
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Mise à jour le Mardi, 26 Juillet 2016 15:25