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Les glaciers de l'Oisans au Mindel PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Claude Beaudevin   
Mardi, 17 Juillet 2012 11:11

Définition géographique

On consultera avec le plus grand intérêt les pages du site de Maurice Gidon consacrées à l'Oisans et à la Romanche.

Le cours de la Romanche, en amont du défilé où elle se fraye un passage entre le massif de Belledonne et celui du Taillefer, s'élargit : nous sommes dans la plaine du Bourg-d'Oisans, un ombilic glaciaire dominé au nord-est par l'imposant massif des Grandes Rousses et au sud-ouest par celui, moins impressionnant, du Rochail. Cette vallée du Bourg-d'Oisans voit se rencontrer de nombreux glaciers provenant tant de la rive gauche que de la rive droite de la Romanche. L'origine de certains peut se situer à une grande distance : massif de la Meije ou même Haute Maurienne après avoir franchi l'arête séparative des vallées de la Romanche et de l'Arc par les cols des Près Nouveaux et de la Valette.

Nous ne nous intéresserons ici qu'aux environs du Bourg-d'Oisans, que nous avons divisés en deux secteurs :

      • rive gauche de la Romanche, le petit massif du Rochail,

      • rive droite, un secteur beaucoup plus étendu, occupé par le glacier de la Haute Romanche, grossi de ses affluents descendus du plateau d'En-Paris et d'autres glaciers provenant de la partie sud du massif des Grandes Rousses.

Voici une carte représentant ces deux secteurs.

Les environs du Bourg-d'Oisans (Grandes Rousses et Rochail)

Nous avons cherché à déterminer quelle était l'altitude de ces différents glaciers lors de la glaciation du Mindel. Les résultats trouvés nous permettront également de rechercher le tracé probable et l'altitude atteinte par le glacier de la Haute Romanche en amont de la zone représentée sur nos cartes.

Méthode utilisée pour la détermination de l'altitude atteinte par les glaciers lors de la glaciation du Mindel

Nous avons cherché à déterminer quelle était l'altitude de ces différents glaciers lors de la glaciation du Mindel. Les résultats trouvés nous permettront également de rechercher le tracé probable et l'altitude atteinte par le glacier de la Haute Romanche en amont de la zone représentée sur nos cartes. Nous avons employé la méthode des sites témoins, que nous avons mise au point et utilisée en particulier pour la détermination du glacier de la Roya. Pour chacun des secteurs étudiés, après quelques images des sites témoins les plus remarquables, un tableau résumera leurs caractéristiques principales. Suivra une carte schématique montrant l'étendue et la progression des glaciers pour :

Modifié le 16 janvier 2014
      • la vallée de la Romanche inférieure, en aval de Rochetaillée,

      • et enfin la circulation des glaces dans l'ensemble de l'ombilic de Bourg-d'Oisans, compte tenu des apports de l'Eau d'Olle.

Formes et pente du glacier de la Romanche en amont du Bourg d'Oisans

Glacier de calotte ou glacier de vallée ?

Si l'on s'intéresse à présent au tracé que devait présenter le glacier mindelien de la Haute Romanche en amont de la zone étudiée ici, on peut se poser la question suivante : ce glacier était-il issu d'une calotte générale prenant naissance, par exemple, dans ce qui est actuellement le massif du Pelvoux, ou bien était-ce un glacier de vallée classique, enserré entre deux massifs ?

Les émissaires du Vatnajökull (Islande) - dont certains arrivent jusqu'au niveau de l'océan - sont issus d'une immense calotte.
Le glacier Vatnajökull en Islande
Voir avec Google Earth (coordonnées : 64°23'16" N, 17°01'08" O)
(Si Google Earth n'est pas installé sur votre poste, suivez la procédure indiquée ici)
 
Le glacier Vatnajökull en Islande
Voir avec Google Earth (coordonnées : 60°13'55" N, 138°28'55" O)
(Si Google Earth n'est pas installé sur votre poste, suivez la procédure indiquée ici)
Par contre, dans les environs du Weisshorn (Alaska), les deux glaciers que voici gardent, tout au long de leurs courses, une forme d'appareil de vallée

Or, entre le lac du Chambon et le col du Lautaret, la Haute Romanche offre peu de sites témoins indiscutables : les gigantesques chutes de séracs du versant ouest de la Meije ont oblitéré, sur la rive gauche, la majeure partie des traces du glacier de vallée. Et la rive droite n'est pas plus exploitable, du fait de la faible pente du plateau d'En-Paris et de la nature de ses roches, trop érodables.

Par bonheur nous disposons d'un site remarquable: le versant est du Bec de l'Homme (groupe de la Meije), qui présente un magnifique ensemble de roches moutonnées. Rappelons que les altitudes de surface d'un glacier de vallée au cours des glaciations successives, si elles pouvaient être très différentes dans le bas des vallées, se rapprochaient les unes des autres dans le haut de celles-ci.

Ces roches moutonnées recouvrent la Croupe jusqu'à l'altitude de 2600 m environ (site R4). Le flux de glace responsable de ce "moutonnage" provenait en majeure partie du massif du Pelvoux, par l'intermédiaire des glaciers du Clot des Cavales et de la Plate des Agneaux (sources de la Romanche). Ces roches moutonnées, crées lors du Mindel, ont ainsi été rafraîchies lors des deux dernières glaciations, ce qui explique leur état de conservation.

Par contre, au-dessus des roches moutonnées, on remarquera que le relief n'a pas été exposé au passage de la glace, ainsi que le montre son aspect déchiqueté.

La Croupe, sur le versant est du Bec de l'Homme, groupe de la Meije
Image sensible au passage de la souris

Il nous semble donc que la seconde éventualité est la plus probable : de 2250 m vers le lac du Chambon, le glacier de vallée de la Haute Romanche s'élevait jusqu'à 2600 m environ dans les environs du Lautaret. Sa rive gauche était bordée par de hauts sommets, qui la dominaient de 1000 ou 1500 m. Il ne constituait pas l'émissaire d'une calotte importante.

Enfin, nous rappellerons que, dans la transposition des altitudes mentionnées sur cette page, qui sont des altitudes actuelles, à celles que présentaient les sites lors de leur formation, il est nécessaire de tenir compte des mouvements orogéniques et de l'isostasie.

Conclusion sur les glaciers de l'Oisans au Mindel

En amont de l'ombilic du Bourg-d'Oisans, le glacier de la Haute Romanche, originaire du massif du Pelvoux, présentait une pente assez importante, qui l'amenait de 2600 m dans les environs du Lautaret à 2100 m environ sur le Bourg-d'Oisans.

Dans l'ombilic du Bourg d'Oisans, cette pente devenait presque insensible, jusqu'au tournant très accusé au-dessus de Rochetaillée, qui lui donnait accès à la Basse Romanche jusqu'à la vallée du Drac. A partir d'ici, la vallée de la Romanche présente une section en V, plus fluviatile que glaciaire. Une explication de ce paradoxe peut être recherchée dans la page sur les verrous terminaux.

 

Modifié le 16 janvier 2014

Mais les sites témoins de la  Basse Romanche donnent pour le glacier qui descendait celle-ci une altitude de glace de l'ordre de 2200 m au-dessus de Rochetaillée, montrant un relèvement de la surface glaciaire à cet endroit d'une centaine de mètres par rapport à l'altitude de 2100 m environ sur le Bourg-d'Oisans. Ceci montre que les glaces de l'Eau d'Olle, jointes à celles de la face sud-est du Grand Pic de Belledonne, l'emportaient sur celles de la Romanche et que ce sont elles qui remplissaient la vallée de la Basse Romanche.

Car une autre possibilité d'évacuation des glaces de l'ombilic du Bourg-d'Oisans consistait à utiliser le Val d'Ornon (vallée de la Lignarre et de la Malsanne) ainsi que les zones d'altitude relativement basse (inférieure à 1900 / 2000 m) qui le bordent à l'est. Ainsi que nous l'avons vu dans la page sur la vallée de la Roizonne, le glacier de la Romanche s'étalait ici en une surface sensiblement horizontale vers 2000 m d'altitude, bosselée par endroits par les appareils de versant locaux. On verra également à la page sur cette vallée de la Roizonne que les glaces évacuées ainsi rejoignaient, en fin de course, le bassin du Drac, vers l'altitude de 1900 m. Mais dans ces vallées étroites, il n'est pas possible d'indiquer les altitudes sur la carte ci-dessus, son échelle ne le permettant pas.

Après avoir parcouru la vallée de la Basse Romanche, à son pléniglaciaire, le glacier mindelien rejoignait à Vizille le large fleuve de glace qui remplissait le bassin du Drac. Celui-ci confluait avec celui de l'Isère vers Grenoble avant de descendre la cluse de Voreppe. En aval, après avoir parcouru cette cluse, le glacier s'épanouissait, étalait un lobe jusqu'au Rhône. Il franchissait celui-ci et s'étendait peut-être jusqu'à Annonay, situé en face du débouché de la Bièvre Valloire.

La confluence du glacier de la basse Romanche avec celui de l'Isère

Le site témoin Ri01 ci-dessous fournit une altitude de la surface glaciaire voisine de 2210 m au-dessus de Rochetaillée.

Situé 6 km à l'aval, le site Ri02, situé à 1840 m, montre que la pente du glacier dans cette partie de la vallée était de l ordre de 6 %. Cette valeur relativement élevée de la pente est normale, compte tenu de la faible largeur de la vallée.

C'est à ce dernier site témoin Ri02 que le glacier de la Basse Romanche rejoignait celui qui occupait la cuvette grenobloise au Mindel et qui cotait lui-même 1740 m. Il nous semble donc que ce glacier affluent se terminait par un lobe.

Les sites témoins de la Romanche inférieure

 Légende du tableau

 

Rep

Site

Alt (m)

Alt glac (m)

Type

Dist (km)

Carte TOP25

Carte géol

Coordonnées géographiques

Ri01

Arête NE Cime de Cornillon

2160

2210

SE

84

3336ET

Vizille

5° 58' 51"

45° 06' 05"

Ri02

Arête N Cime des Fraches

1790

1840

SE

ravines

88

3336ET

Vizille

5° 53' 49"

45° 06' 27"
 
 
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Mise à jour le Dimanche, 19 Janvier 2014 17:05