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Les formes d'ablation majeures
Les plans d'épaulement PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Claude Beaudevin   
Mardi, 15 Février 2011 15:39
Version du 11 février 2011

Voici trois exemples de plans d'épaulement, dans des sites très différents, puisque l'un d'eux se situe en Suisse, à proximité du col du Grimsel et les deux autres dans le massif du Vercors.

Un plan d'épaulement dans la vallée de l'Unteraar (Valais, Suisse)

Plan d'épaulement dans la vallée de l'Unteraar (Valais, Suisse)
Image sensible au passage de la souris

L'examen de cette image fait apparaître un plan d'épaulement, large surface relativement plane, moins inclinée que le flanc d'auge, parallèle à la vallée et déversée vers le talweg. On peut voir que la crête qui domine ce plan d'épaulement n'a jamais été occupée par des glaciers ni empruntée par des torrents.

L'épaulement qui lui fait suite à droite et qui en est séparé par un cirque glaciaire. est une ligne, perpendiculaire au talweg et non une surface.

La ligne sommitale du plan d'épaulement s'abaisse de 2650 m, à l'amont jusqu'à 2520 m à l'aval (cotes relevées sur Google Earth).

On remarquera de plus que la règle des falaises ("la base de la falaise se situe sensiblement à l'altitude de la surface du glacier") s'applique également dans ces terrains cristallins.

Deuxième exemple, celui-là situé dans notre massif du Vercors,

À l'aval immédiat de Lans-en-Vercors, la vallée du Furon, affluent de l'Isère sur sa rive gauche, était, lors de la glaciation rissienne, remontée par une branche du glacier de l'Isère jusqu'aux environs de Lans-en-Vercors.

Diverses considérations sur lesquelles nous ne reviendrons pas ici et qui figurent à la page sur la diffluence rissienne de Saint-Nizier-du-Moucherotte permettent de montrer que le glacier rissien atteignait des altitudes de l'ordre de 1300 m à Saint-Nizier-du-Moucherotte et de 1000 m à Lans-en-Vercors. Or la rive gauche du Furon, entre le hameau des Merciers et Lans présente une banquette descendant vers Lans, qui nous paraît en conséquence constituer un exemple particulièrement parlant de plan d'épaulement.

Au sud de l'arête de la Montagne de la Graille (à droite, hors photo), une banquette doucement inclinée, longue de 4 km, s'étend jusqu'à Lans-en-Vercors : le plan d'épaulement des Aigaux (Vercors, Isère).

Le plan d'épaulement de Saint Nizier du Moucherotte
Image sensible au passage de la souris
Photo prise depuis Saint-Nizier-du-Moucherotte

La ligne qui joint les sommets de cette banquette (trait blanc) s'abaisse régulièrement depuis 1220 m aux Aigaux jusqu'à 1000 m à l'Olette, aux portes de Lans-en-Vercors, en passant par 1060 m au Mas.

Si, ainsi que nous le faisons pour les épaulements, nous ajoutons 25 m à ces valeurs d'altitude pour obtenir la cote de surface du glacier au pléniglaciaire, nous trouvons que la surface du glacier s'abaissait de 1245 m environ aux Aigaux à environ 1025 m à  l'Olette, valeur qui nous amène aux environs de 1000 m à Lans-en-Vercors.

C'est bien la valeur que nous avions retenue dans notre page sur la diffluence rissienne de Saint-Nizier-du-Moucherotte.

Cette banquette constitue donc bien un plan d'épaulement, long de 4 km, qui matérialise en quelque sorte la surface du glacier. Une pareille régularité est remarquable et tout à fait exceptionnelle ; elle est due à l'absence de tout vallon descendu de l'arête qui la domine. En effet, la présence de tels vallons - qui auraient pu abriter des langues glaciaires lors des glaciations et des torrents pendant les interglaciaires - aurait découpé cette banquette en une série d'épaulements séparés.

Le plan d'épaulement du Vallon de la Fauge (Vercors, Isère)

Un dernier plan d'épaulement, dominant Villard-de-Lans, également dans le Vercors, a été créé par la branche du glacier de la Grande Moucherolle descendant le vallon de la Fauge. Il se révèle particulièrement intéressant, car il permet de définir le point de rencontre de ce glacier de versant avec le glacier général du Vercors.

La Grande Moucherolle domine Villard-de-Lans et Corrençon du haut de ses 2284 m. Sur son versant nord, un glacier prenait naissance, qui envoyait deux émissaires, l'un sur Corrençon, l'autre sur Villard-de-Lans, par le vallon de la Fauge. Selon les glaciations, ces appareils parvenaient plus ou moins loin dans la vallée. Il est connu que celui du vallon de la Fauge, au Würm, descendait jusqu'à Villard-de-Lans, alors qu'au Riss, il s'étalait plus largement dans la vallée. Mais lors de la glaciation du Mindel, ce glacier confluait avec la diffluence du glacier de l'Isère qui pénétrait à l'intérieur du Vercors en passant sur Lans-en-Vercors. Voir à ce sujet la page sur le glacier du Val d'Autrans.

Sur chacune des rives du vallon de la Fauge se sont alors formés des épaulements, dont le plus remarquable se situe près de la station d'arrivée du télésiège des Glovettes, à 1555 mètres d'altitude, en 5°34' 28 E/45°02' 18 N.

Cet épaulement nous fournit donc une valeur de l'altitude de la surface glaciaire à cet endroit voisine de 1580 mètres. Sur le versant opposé du vallon de la Fauge, un clapier d'origine glaciaire situé en 5° 35' 11 E/45° 02' 20, à 1565 mètres, nous indique une altitude de la surface glaciaire égale ou supérieure à cette valeur de 1565 mètres, donc cohérente avec la valeur de 1580 mètres ci-dessus fournie par l'épaulement.

Le vallon de la Fauge

Le ravin d'affrontement de Combe Charbonnière

Une carte permettra de situer les lieux.

Les repères 1 et 2 se rapportent à des glaciers locaux, le glacier 2 occupant le versant nord de la Grande Moucherolle ainsi que la partie supérieure du vallon de la Fauge.

Le repère 3 montre le flux de glaces provenant du glacier de l'Isère par la vallée du Furon (dénommé «intérieur Vercors» sur la carte), également lors de la glaciation du Mindel.

Où et à quelle altitude se situait la confluence des deux glaciers ? C'est l'étude du plan d'épaulement du vallon de la Fauge qui va nous fournir la réponse.

La photo suivante montre ce plan d'épaulement du vallon de la Fauge.

Nous sommes ici au-dessus du télécabine de Villard-de-Lans et nous dominons le vallon de la Fauge. En face de nous, sur la rive droite du vallon, s'étend un plan d'épaulement créé par le glacier nord de la Grande Moucherolle et qu'aucun ravin en provenance des falaises sommitales n'a découpé en plusieurs épaulements séparés.

Ce plan d'épaulement, couvert de maigres prairies, est parcouru par le sentier qui mène au Pas de l'Œille. Sa surface, inclinée vers nous, ce situe au-dessus d'un lapiaz blanchâtre qui domine le talweg du vallon de la Fauge. Son sommet s'abaisse de la droite (sud) à la gauche, de 1900 m à 1620 m.

Plan d'épaulement sous la Grande Moucherolle
 

Ravin d'affrontement de Combe Charbonnière

Au centre de la photo un épaulement, bien individualisé, est séparé du plan d'épaulement par la Combe Charbonnière. La photo montre une opposition très nette entre le plan d'épaulement - dont l'extrémité apparaît à droite - et les pentes qui lui font suite vers le nord, tant en ce qui concerne les formes que le couvert végétal :

      • au sud de Combe Charbonnnière (c'est-à-dire à sa droite sur la photo), le versant porte un lapiaz et une végétation rabougrie,

      • au nord, par contre, des bois et des prairies dénotent un sol plus riche, donc de composition différente.

Cette différence entre les natures de sols nous semble prouver que c'est à Combe Charbonnière que le glacier nord de la Grande Moucherolle confluait avec la diffluence du glacier de l'Isère provenant de Lans-en-Vercors, à une altitude de l'ordre de 1580 mètres. Ces différences dans la végétation reflètent bien les différences de nature des dépôts, uniquement calcaires pour ceux de la Fauge et de composition variée pour ceux provenant de l'Isère.

Les eaux glaciaires latérales de ces deux glaciers - celles de la rive gauche de la diffluence du glacier de l'Isère et celles de la rive droite de celui de la Grande Moucherolle - se rassemblaient à la confluence des deux glaciers. Nous pensons que c'est ce débit important qui a donné à la Combe Charbonnière son relief remarquable. On peut donc la considérer en quelque sorte comme un ravinement d'affrontement, qui devrait sa faible largeur à la compacité du calcaire.

 

Le sommet de cet épaulement, à l'altitude de 1555 mètres montre que la surface glaciaire ceux situait à 1580 mètres environ.

 

Sommet de l'épaulement

Cette courte étude montre que, au même titre que les épaulements, les plans d'épaulement peuvent être utilisés pour déterminer l'altitude des glaciers qui les ont créés.

Un bon exemple est celui donné par celui de la Grande Pierrière, en Beaufortain (Savoie), dans le voisinage du Col du Joly. Il permet de constater que le glacier qu'il a créé s'élevait à 2350 m à son extrémité supérieure et que, par voie de conséquence, ses glaces provenaient en majorité du versant sud du massif du Mont Blanc par le col de la Seigne. Au même endroit, le glacier du Mindel cotait 2450 à 2500 m.

Dimensions des plans d'épaulement

Leurs dimensions sont très variées. Nous citerons celui des Aigaux (longueur 4000 m), vu ci-dessus ou encore celui de la Grande Pierriére, long de 3500 m. Mais aussi celui de la Buffe (Isère), qui ne dépasse pas 150 m.

Plans d'épaulement et terrasses glaciaires

Il ne faut pas confondre les deux formes de relief. Les plans d'épaulements sont des formes d'érosion, alors que les terrasses sont des formes de dépôts.

Pour les distinguer, on peut utiliser le fait que les plans d'épaulement présentent toujours une pente transversale dirigée vers le talweg, contrairement aux terrasses. La distinction entre les deux formes de relief est primordiale. En effet, pour qu'un plan d'épaulement puisse se former, il faut qu'il soit recouvert par une épaisseur de glace suffisante (quelques dizaines de mètres), soit que l'on attribue leur formation à l'érosion par la glace soit que, ainsi que nous le pensons, ce sont les eaux glaciaires qui en sont responsables en grande partie.

Les terrasses, elles, sont sensiblement au niveau de la surface du glacier.

L'utilisation de l'une de ces deux formes de relief pour déterminer le niveau du glacier demande donc que l'on détermine à quel type elle appartient. On remarquera toutefois qu'en montagne, pour peu qu'il s'agisse d'une glaciation un peu ancienne, les formes de dépôt ont été démantelées par l'érosion.

Nous n'avons à ce jour trouvé que peu d'exemples de plans d'épaulement. On peut imputer cette relative rareté au fait qu'il est peu fréquent que les plans d'épaulement n'aient pas été tronçonnés par des vallons issus des pentes sommitales, ce qui aurait entraîné leur fragmentation en une série d'épaulements.

Mise à jour le Mercredi, 26 Avril 2017 17:22