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L'érosion karstique et les clapiers PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Claude Beaudevin   
Lundi, 07 Juin 2010 19:29

Les clapiers

Ils peuvent être classés en différentes catégories : certains, que nous avons appelés clapiers paysans, ont une origine anthropique, d'autres sont composés de pierres de  compositions minéralogiques variées. Un premier tri éliminant ces deux types de clapiers, ne laisse subsister que les clapiers de gélifraction dus à l'action des cycles gel/dégel sur des blocs de plus grandes dimensions.

Mais d'où provenaient ces blocs de grandes dimensions ? Pour que ces repères puissent être utilisés dans l'étude des glaciers, il faut procéder à un deuxième tri, qui éliminera ceux d'entre eux non mis en place par les glaciers, tels ceux tombés de falaises surplombantes ou apportés par des écoulements d'eau.

Nous avons considéré que le résultat de ce double tri ne laissait subsister que les clapiers provenant de la gélifraction de blocs erratiques transportés à la surface de glaciers , et nous les avons appelés « clapiers d'origine glaciaire ».

Nous avons été amené à utiliser dans notre site un certain nombre de repères, créés lors des dernières glaciations et identifiables dans les paysages actuels, que nous avons appelés « sites témoins et qui nous ont permis de définir l'altitude atteinte par les glaciers dans de nombreuses vallées , essentiellement dans les Alpes dauphinoises et les Alpes du Sud.

Parmi ces sites témoins figurent en bonne place les clapiers d'origine glaciaire, dont certains datent du pléniglaciaire ou du début du cataglaciaire du Mindel;  leur formation remonte donc au stade isotopique 8, c'est-à-dire à 250 000 ans environ avant nos jours.

Encore faut-il expliquer comment ces clapiers, composés de roches calcaires sensibles à l'érosion karstique , le plus souvent de calcaires urgoniens, ont pu résister aussi longtemps à son action.

Résistance des clapiers aux atteintes du climat

Pourquoi l'érosion karstique, capable de créer des reliefs caractéristiques sur de vastes étendues de roches, par exemple sur les sites bien connus du Désert de Platé (Haute-Savoie), de l'Oucane de Chabrières (Hautes-Alpes) ou encore de la Pierre Saint-Martin (Pyrénées-Atlantiques), ne s'est-elle pas, ou très peu, exercée sur les clapiers, situés pourtant dans un environnement semblable ?

Ce fait, en apparence paradoxal, nous semble résulter tout naturellement des facteurs indispensables pour qu'une érosion karstique puisse prendre naissance, tels qu'ils ont été résumés par Jean-Jacques Delannoy, dans sa thèse de Doctorat d'État (1981) :

Le Vercors septentrional se caractérise par une activité importante de la corrosion (entre 120 et 170 millimètres par millénaire). Elle est particulièrement due :

        • à la quantité d'eau tombée sur le massif, qui est de l'ordre de 1600 mm à 1000 m d'altitude.

        • à la basse température des eaux qui est fonction de la température moyenne annuelle peu élevée (6° 4) qui règne sur le massif et de l'épais manteau neigeux qui fournit des eaux de fonte froide.

        • à une importante production de CO2 par des sols bien fournis en débris organiques.

Certains auteurs ajoutent un autre facteur favorisant l'érosion karstique,  un long temps de contact des eaux avec la roche.

Au cours des quelque 20 000 ans écoulés depuis la fin du Würm, une érosion estimée à 120 à 170 mm par millénaire aurait dû faire disparaître complètement les clapiers de dimensions d'ordre métrique formés lors de cette glaciation. Et à plus forte raison pour les glaciations antérieures !

Mais il convient tout d'abord de rappeler que les valeurs de corrosion ci-dessus résultent de mesures effectuées dans les conditions climatiques actuelles, alors que précédemment, les climats étaient beaucoup plus froids. En effet, la majeure partie du temps écoulé depuis la fin du pléniglaciaire du Mindel, il y a environ 250 000 ans, s'est déroulée sous des climats froids, en particulier pendant les stades isotopiques 2, 4 et 6.

Nous pensons que l'érosion procède de manières très différentes sur les étendues rocheuses de grandes dimensions et sur les clapiers ou les rochers isolés, structures beaucoup plus petites

Voici quelle doit être, selon nous, l'action sur ces deux types de reliefs, des facteurs énumérés ci-dessus favorables à l'érosion karstique.

Pendant les périodes froides et très froides, les précipitations ont lieu en montagne sous forme de neige. Celle-ci, qui n'entraîne pas par elle même une érosion karstique, s'accumule dans des zones de pente modérée. C'est le cas par exemple du Désert de Platé (Haute-Savoie) et de l'Oucane de Chabrières (Hautes-Alpes), où la pente du terrain est inférieure à 24 % et également de la Pierre Saint-Martin, près du Pic d'Anie, où elle s'abaisse jusqu'à 1 %. Elle ne sera pas emportée par les avalanches et se transformera en névés qui ne fondront lentement que lors d'un réchauffement du climat.

Au contraire, sur un clapier ou un rocher isolé, menus éléments du relief en saillie sur les terrains avoisinants, une partie de la neige déposée est emportée par le vent et va se déposer dans des zones plus calmes. Ce n'est qu'au cours des périodes de réchauffement qui se sont produites, pendant ces 250 000 ans, lors des stades 2,4 et 6, mais aussi, nous semble-t-il, au cours des courtes périodes de réchauffement qui ont certainement dû se produire au cours des stades froids, que la neige a disparu du sol.

La faible quantité de neige restée sur les clapiers n'a pu exercer, lors de sa fonte, qu'une érosion karstique peu marquée sur les éléments rocheux constituant les clapiers. A contrario, les névés qui recouvraient les lapiés fondaient lentement, produisant une grande quantité d'eau, qui exerçait une érosion karstique très importante.

La température ne constitue pas, quant à elle, un facteur discriminant entre les grandes étendues de roches et les clapiers, car, dans les deux cas, il s'agit toujours d'eaux de fusion à près de 0°.

Par contre, la teneur en gaz carbonique était différente : les sols qui, au cours des périodes de réchauffement, recouvraient les terrains rocheux constituaient des biotopes propices à la vie. Les eaux se chargeaient donc de gaz carbonique, d'ou une forte érosion sur le plancher de calcaire sous-jacent. Ce n'était pas le cas pour les clapiers ni les rochers isolés, non couverts de végétation.

De nos jours, les clapiers sont très souvent entourés, masqués même parfois à la vue, par des arbustes ou des arbres, qui plongent leurs racines dans le sol à l'extérieur du clapier. Le rôle du sol paraît se limiter à entretenir une humidité bénéfique à la végétation.

Enfin, le temps de contact des eaux avec la roche était sans commune mesure entre les grandes surfaces de roches et les clapiers ou les rochers isolés : les eaux s'écoulant sur les grandes surfaces disposaient de beaucoup de temps pour se charger en carbonates, au contraire des  clapiers où le temps de contact avec les éléments rocheux constitutifs était très faible.

Ces considérations concernant les clapiers ne s'appliquent pas aux moraines, car celles-ci, présentant une granulométrie continue, sont étanches et non poreuses.

Conclusion

En conclusion, nous pensons que l'absence de tous les  facteurs énumérés ci-dessus, indispensables pour que se forme une érosion karstique, assure  aux clapiers une bonne résistance à celle-ci. Comme l'a dit La Fontaine dans sa fable Le combat des rats et des belettes,

Les petits, en toute affaire,

Esquivent fort aisément.

Les grands ne le peuvent faire.

Dans certains massifs, tel le Vercors, les clapiers d'origine glaciaire, sont particulièrement nombreux. Du fait de leur grand nombre, ils permettent une détermination très fine du tracé des anciens glaciers, bien supérieure à ce que l'on peut obtenir en utilisant uniquement les autres sites témoins, tels les sommets d'épaulement, beaucoup moins nombreux.

Cette résistance aux atteintes du climat permet donc d'utiliser les clapiers comme des sites témoins de valeur dans la détermination de l'altitude atteinte par les anciens glaciers. Les altitudes ainsi déterminées recoupent d'ailleurs parfaitement celles obtenues par utilisation des sites témoins d'autres types, tels que les sommets d'épaulement ou encore les prairies, révélatrice de la présence d'argile d'origine glaciaire.

Elle permet enfin d'expliquer la présence, sur certains sommets, de roches exotiques non originaires des terrains sous-jacents ou dominés par des falaises desquelles elles pourraient provenir.

Quelques exemples de résistance à l'érosion karstique

Tous les exemples qui suivent concernent des clapiers d'origine non anthropique et aucun d'eux ne se situe sous une falaise. Par ailleurs, tous se placent à des altitudes très supérieures à celles des glaciers rissiens et würmiens, mais atteintes lors du Mindel.

Les clapiers du Bec de L'Orient (Isère)

Ce clapier, du type « à gros blocs », se trouve à l'altitude de 1540 mètres, une vingtaine de mètres plus bas que le sommet du Bec de l'Orient (1557 m). Ici, les blocs résultants du fractionnement par la gélifraction des blocs erratiques originels sont restés presque en contact et ne présentent aucune trace d'érosion karstique.

Le clapier de Gontier.

Ce clapier se situe à l'altitude de 1305 mètres, légèrement sous le sommet du Signal de Gontier (1336 m), au-dessus de Malleval en Vercors (Isère).

Sur cette photo aérienne, on peut même distinguer de gros blocs au sommet du clapier.

On les retrouve sur la photo ci-dessous, et leur présence au sommet du clapier prouve qu'il ne s'agit pas là d'un clapier paysan.

Le clapier de Pinsaye

Pinsaye est un petit sommet de 1007 mètres situé sur le rebord du Vercors au-dessus de Combovin (Drôme).

La carte au 1/25 000, ainsi que les photos aériennes, montre, vers le sommet, de nombreux clapiers. Celui-ci, de forme typique, se situe à l'altitude de 992 mètres et sa position est 44° 51' 23 N/5° 72' 06 E.

 

 

Les éléments constitutifs de ce clapier, que sa présence à cet endroit et à cette altitude permettent de dater du Mindel, ne montrent

aucune trace d'érosion karstique.

Le clapier près du Pas du Margeat

à très gros blocs », en bordure de la route D 749.

 

Un rocher sur le plateau de la Montagne du Grand Échaillon

Ce rocher se situe sur le plateau de la Montagne du Grand Échaillon, à une altitude de 1234 m.

Il ne s'agit pas exactement d'un clapier, mais d'un bloc erratique fragmenté par la gélifraction.

Pas plus que les clapiers précédents, ce rocher ne montre de traces d'une quelconque érosion karstique.

Les Rochers de Pot Jacquin (Isère),

Pour terminer, voici le site particulièrement remarquable de Pot Jacquin,  situé dans un vallonnement qui prend naissance vers 1250 mètres sur le versant est du massif des Coulmes, au-dessus du col de Romeyère (Isère) et qui s'allonge du nord vers le sud sur une longueur d'environ 900 m et une largeur de 200 à 300 m.

La particularité de ce site est de rassembler plusieurs centaines de rochers de bonne taille, beaucoup d'entre eux dépassant le mètre cube.

Son extrémité sud est facilement accessible par la route forestière du Mont Noir, que l'on emprunte, au départ du col de Romeyère, jusqu'à La Cantine (1190 m). De là, on peut parcourir par un bon sentier le vallonnement jusqu'à la clairière de Pot Jacquin,

il ne s'agit pas de clapiers proprement dits, mais la taille de ces blocs et leur disposition par groupes d'une dizaine alignés sensiblement Nord-Sud, permet de les considérer comme des blocs erratiques.

L'origine de ces blocs erratiques nous semble se situer sur une faille figurant sur la carte géologique, à l'extrémité nord du vallonnement de Pot Jacquin, à l'altitude de 1300 m. Au nord de cette faille, il ne semble plus y avoir de blocs.

Après leur détachement de la faille, ces blocs erratiques ont été transportés, sur une distance d'un à trois kilomètres, à la surface d'un glacier qui s'écoulait, du nord vers le sud, dans le vallonnement de Pot Jacquin. À la disparition de cet appareil, ils ont été abandonnés sur le terrain.

Au cours des glaciations du Würm et du Riss, les glaciers de la rive est de la vallée de l'Isère, à l'aplomb du col de Romeyère, n'ayant pas dépassé une altitude d'un millier de mètres, il s'agissait donc d'un glacier du Mindel. Ceci est confirmé par les altitudes de ce glacier mindellien de part et d'autre du col de Romeyère.

On notera qu'au-dessus des blocs, sous le Pas du Follet, les bancs en place présentent, eux, des traces d'érosion karstique :

Mais ce n'est pas le cas des rochers de Pot Jacquin, dont voici quelques photos caractéristiques :

Sur les photos suivantes, où l'action de la gélifraction est bien visible, on ne distingue aucune trace d'érosion karstique.

Seuls quelques très rares rochers sont un peu plus marqués par l'érosion karstique, voici le plus remarquable :

Pour terminer, voici, en dehors de notre domaine habituel de recherche, un bloc erratique situé sur la rive droite du Rhône, au-dessus du Pouzin (Ardèche).

Un bloc erratique sur le plateau de Rompon (Ardèche)

Au sommet du plateau de Rompon, à l'altitude de 396 mètres, voici un bloc erratique de roche basaltique qui mesure environ 1,50 mètre par 2 mètres. Sa partie droite, masquée par un buisson, est séparée du bloc principal par une faille de gélifraction. À gauche du bloc un empilement de fragments, également en roche basaltique, sans doute édifié par un berger ou un chasseur pour s'abriter du vent.

Ce bloc erratique est incongru en ces lieux et il n'est dominé par aucune falaise. Nous pensons donc qu'il a été amené là par un glacier, dont l'altitude est tout à fait compatible avec celle que nous avons déterminée pour le glacier mindellien du Rhône vers le Pouzin.

Conclusion

En conclusion, nous avons pu observer que les blocs constitutifs des clapiers, ainsi que les rochers isolés, ne présentent que très rarement des signes d'érosion karstique.

Ceux que leur situation géographique et leur altitude empêche qu'il puissent être datés du Würm ou du Riss, se sont donc déposés au cours du Mindel et une érosion karstique, même modérée, aurait dû les faire complètement disparaître.

 


 

Mise à jour le Mercredi, 11 Avril 2018 15:11