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La règle des clapiers d'origine glaciaire PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Claude Beaudevin   
Jeudi, 27 Octobre 2011 11:11
Version du 11 septembre 2016

 Les clapiers

Le terme « clapier » est employé, dans le Sud des Alpes, pour désigner des amas de pierres situés près des champs cultivés ou des prairies, que l'on estime couramment avoir été créés par l'épierrage manuel de ces terrains. Dans d'autres régions, ils sont dénommés « murgers ».
Selon nous, les clapiers peuvent avoir en réalité deux origines :

      • soit ils ont été créés, au fil des siècles, par les paysans qui épierraient leurs champs et leurs pâtures. Nous les appellerons « clapiers paysans ». Ces clapiers paysans sont caractérisés par une forme allongée, une section relativement triangulaire ; ils peuvent atteindre et dépasser 1 m de hauteur,

    Voici un exemple de clapier paysan

    Un clapier paysan à Pierre Barme
      • Mais d'autres clapiers nous paraissent dus à l'érosion périglaciaire, plus particulièrement à la succession de phases de gel et de dégel qui se sont attaqués à un bloc de dimensions métriques après son dépôt sur le terrain. Nous les avons appelés « clapiers de gélifraction ».

Ces clapiers de gélifraction, plus ou moins répandus suivant les endroits, sont de petits amas de pierres de tailles décimètriques, qui, à distance, peuvent être confondus avec des clapiers paysans. Cette ressemblance disparaît toutefois lorsque l'on s'en approche, ainsi que nous le verrons dans les lignes qui suivent.

Ils peuvent présenter deux formes, celle de tapis de pierrailles posées sur le sol, mais , le plus souvent, celle d'amas de pierres pyramidaux de dimensions métriques.
Ces clapiers de gélifraction peuvent avoir eux-mêmes deux origines, selon celle du bloc géniteur, qui découpé par les successions de gel et de dégel, leur a donné naissance. Le bloc géniteur peut être un boulder, de plus ou moins grandes dimensions , qui s'est détaché d'une falaise, avant de glisser sur la pente. Ce type de bloc géniteur ne rentre pas dans le cadre de notre étude, car il ne fait pas intervenir l'existence d'un glacier.

Voici par exemple un boulder en cours de gélifraction, près de Chaillol (Hautes Alpes), à l'altitude de 1500 m.

Mais le bloc géniteur, provenant également d'une falaise, peut avoir été arrêté dans sa chute par la présence d'un glacier. Certains d'entre eux s'arrêtent alors sur la moraine latérale alors que d'autres peuvent atteindre, plus loin, la surface du glacier. Après leur dépôt sur la moraine latérale ou sur le glacier, ces blocs sont entraînés par le mouvement de celui-ci jusqu'à ce qu'ils se déposent sur le terrain lorsque, au début du cataglaciaire, le niveau du glacier commence à s'abaisser. Ce sont les blocs erratiques bien connus, devenus rares de nos jours, car, souvent utilisés comme carrières, ils ont disparu.

Toutefois la plupart des blocs déposés sur le sol ont été, au fil des millénaires, débités en fragments plus petits, qui sont restés groupés, donnant ainsi naissance à un « clapier d'origine glaciaire ». On conçoit donc que l'emplacement actuel de ces clapiers d'origine glaciaire, ainsi que leur altitude, permettent d'acquérir des informations sur le glacier qui a transporté leurs blocs géniteurs.

Toujours est-il que, pour pouvoir utiliser un clapier pour obtenir des informations sur un glacier, il est nécessaire de s'assurer qu'il s'agit bien d'un clapier d'origine glaciaire.

Comment déterminer si un clapier a bien une origine glaciaire ?

Tout d'abord d'après leur forme, qui n'est pas toujours la même que celle d'un clapier paysan. Parfois, ils se présentent sous forme de petites étendues de pierres étalées sur le sol, comme un dallage comportant une ou deux couches d'éléments. Ces amas sont plans, parfois à peu près circulaires, d'autres fois allongés et mesurent de deux à cinq mètres. Ce sont des clapiers étalés.

 Par exemple ce clapier photographié dans la vallée du Buëch (Vercors, Isère),

où il se situe à une altitude de l'ordre de 1000 mètres.
Clapier dans la vallée du Buëch (Vercors, Isère)

La photo montre également la présence, au-dessus du clapier, d'un sol à pierres éparses que de nombreuses observations nous permettent de considérer comme une ancienne moraine.

Autre exemple de clapier étalé, celui-ci près du col de Léoncel (Drôme).

Clapier étalé près du col de Léoncel (Drôme)

La seconde forme, la plus répandue, que présentent les clapiers d'origine glaciaire est celle d'amas pyramidaux d'un ou de deux mètres de hauteur, en relief sur le terrain.

En voici un exemple, sur le Serre Chauvière, sur la rive sud de la Drôme

Clapier d'origine glaciaire sur le Serre Chauvière, sur la rive sud de la Drôme

On remarquera que ces amas de pierres sont souvent adosssés à des buissons ou à des arbres, par suite, peut-être, de la condensation de l'humidité atmosphérique à l'intérieur de la masse de pierres, ce qui n'est pas le cas pour les clapiers étalés.

Ils ressemblent à des clapiers paysans, mais en diffèrent par la taille des pierres qui les composent, qui dépasse parfois ce que peut soulever une personne, voire deux personnes unissant leurs forces. De plus, les clapiers d'origine glaciaire de ce type présentent souvent à leur sommet un ou plusieurs blocs particulièrement lourds, impossibles à manipuler par une seule personne, qui serait montée, pour les mettre à cette hauteur, en gravissant un amas de pierres instables. Pourquoi, d'ailleurs, un paysan se serait-il donné cette peine ?

C'est le cas du « clapier Gontier », situé dans la partie nord du massif des Coulmes (Isère)

Le « clapier Gontier » dans le massif des Coulmes (Isère)

Certains clapiers sont composés de gros blocs, tel celui-ci où le travail de la gélifraction est bien visible...

... ou ce dernier exemple, comportant des blocs encore plus gros, impossibles à manutentionner,

qui se situe dans la vallée de La Chaumèane (Vercors, Isère).
Clapier à gros blocs dans la vallée de La Chaumèane (Vercors, Isère)

Un autre critère de sélection est la nature minéralogique des blocs ; celle-ci doit être homogène puisque le clapier provient d'un seul bloc géniteur, alors qu'elle est parfois différente dans le cas de clapiers paysans. Par ailleurs, les clapiers d'origine glaciaire ne ne sont constitués que par des blocs créés par gélifraction, auxquels, donc, ne se mélangent pas de galets roulés.

Toutefois, ces divers critères de sélection ne peuvent être utilisés que lors d'un examen sur le terrain et non sur une carte, même détaillée. Mais leur situation, déterminable, elle, sur une carte permet également de les distinguer des clapiers paysans, qui, liés aux travaux agricoles, sont disposés à un jet de pierre des champs ou des prairies. Les clapiers de gélifraction, quant à eux, se trouvent souvent en des lieux non liés aux activités paysannes, prairies pauvres par exemple ou sols à pierres éparses, représentés parfois sur les cartes IGN au 1/25 000 par un semis très serré de petits cercles verts.

Enfin les clapiers de gélifraction d'origine glaciaire se situent parfois sur des lignes ayant un rapport avec l'activité d'un glacier.

C'est le cas de ces clapiers du Serre Chauvière (Drôme).

Les clapiers du Serre Chauvière (Drôme)

Chacun d'eux est entouré de buissons et leur disposition en arc de cercle souligne le tracé de la moraine frontale d'un petit glacier local.

La règle des clapiers d'origine glaciaire, ou plus simplement "la règle des clapiers"

Pour utiliser cette cette règle des clapiers, il faut tout d'abord s'assurer, à l'aide des remarques qui précèdent, qu'il s'agit bien de clapiers d'origine glaciaire et non de clapiers paysans. On ne tiendra pas compte des clapiers situés sous des falaises ou encore sous le front d'une zone de lapiaz.

Les clapiers d'origine glaciaire constituent des sites témoins de grande valeur lorsque l'on cherche à déterminer l'altitude atteinte par les anciens glaciers. Ils sont nombreux à certains endroits  et, surtout, sont souvent disposés en groupe.

Voici deux clapiers d'un tel groupe, qui en comporte plusieurs dizaines,

situé sur le bord de la Forêt des Coulmes (Vercors, Isère).
Deux clapiers situés sur la Forêt des Coulmes (Vercors, Isère)

La taille importante des blocs, ainsi que la pauvreté du terrain environnant, un sol à pierres éparses, montre bien dans ce cas qu'il s'agit de clapiers d'origine glaciaire et non de clapiers paysans.

Dans un groupe de clapiers, celui situé à l'altitude la plus élevée, est dû à la gélifraction d'un bloc géniteur jadis vraisemblablement situé sur une moraine latérale. Il pourra fournir l'altitude de celle-ci et donc, à quelques mètres près, celle de la surface glaciaire à cet endroit.

Toutefois, comme l'on ne peut être certain que le bloc rocheux se situait vraiment sur une moraine latérale et qu'il n'a pas glissé sur le terrain après son dépôt, l'altitude ainsi déterminée ne peut fournir qu'une valeur a minima de celle du glacier à cet endroit. C'est pourquoi, dans nos tableaux de caractéristiques des sites témoins, nous mentionnons systématiquement que l'altitude de la surface glaciaire est égale ou supérieure à celle du clapier considéré. Si l'on trace alors sur une carte une ligne réunissant les clapiers les plus élevés de plusieurs groupes voisins, cette ligne pourra être considérée comme représentant a minima la moraine latérale, donc la rive du glacier à cet endroit.

Nos études montrent une remarquable convergence de résultats entre les altitudes de surface glaciaire obtenues en se basant sur les clapiers d'origine glaciaire et celles qui résultent de l'utilisation d'autres types de sites témoins, tels les sommets d'épaulement ou encore les prairies.

C'est en particulier le cas dans le massif des Coulmes, où les clapiers d'origine glaciaire sont particulièrement nombreux.

La présence d'un seul clapier d'origine glaciaire permet seulement de déterminer l'existence à cet endroit d'un ancien glacier, dont l'altitude de surface était supérieure à celle du clapier.

S'il existe un groupe de plusieurs clapiers, la prise en compte du plus élevé d'entre eux permettra de déterminer avec une meilleure précision l'altitude de la surface glaciaire.

Comment rechercher des clapiers ?

On peut utiliser les cartes IGN au 1/25 000, sur lesquelles une partie au moins des clapiers sont représentés par un signe particulier. C'est le cas de cette carte de la partie nord du massif des Coulmes (Isère).

L'emplacement du clapier Gontier, cité plus haut dans cette page, est indiqué par un petit signe de couleur bistre en forme de petite araignée à plusieurs pattes (comme toutes les araignées d'ailleurs…).

Les vues aériennes de Geoportail peuvent être également utilisées pour déterminer la présence de clapiers ; elles permettent parfois même d'estimer la taille des blocs qui les composent.

Voici par exemple un ensemble de clapiers situés sur la crête de Côte Blanche (Vercors, Drôme).

Clapiers situés sur la crête de Côte Blanche (Vercors, Drôme)

Sur cette vue aérienne Geoportail, on peut voir qu'existent à cet endroit au moins cinq clapiers et que ces clapiers sont composés de blocs de taille moyenne.

Si l'examen des cartes permet la découverte de clapiers, c'est la recherche sur le terrain, plus fructueuse et plus intéressante, qui permet seule de distinguer avec certitude les clapiers d'origine glaciaire des clapiers paysans.

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Mise à jour le Mardi, 31 Janvier 2017 17:14