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Les mécanismes de l'érosion glaciaire PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Claude Beaudevin   
Samedi, 05 Décembre 2015 16:53
Version du 4 décembre 2015

Comment s'exerce l'érosion pendant le cours d'une glaciation ?

L'hypothèse qui nous paraît la plus plausible, car elle aboutit à des reliefs conformes à nos observations, est que l'érosion qui s'exerce pendant la durée d'une glaciation et de l'interglaciaire qui la suit peut être divisée en quatre phases :

Première phase

C'est celle du pléniglaciaire, lorsque le niveau atteint par les glaciers est maximum et où il n'y a pas ou extrêmement peu d'eaux glaciaires à cette altitude. Seules jouent alors l'érosion périglaciaire et celle due à la glace :

      • l'érosion périglaciaire, due au gel/dégel des parties émergées et dont les produits tombent sur la surface du glacier,

      • les actions dues à la glace elle-même, qui se résument essentiellement à l'évacuation de ces débris à la surface des glaciers ainsi qu'à l'arrachement de blocs sur les versants et le fond de l'auge.

De cette première phase subsistent quelques reliefs, peu ou pas altérés au cours des phases suivantes, que nous appellerons reliefs jardins. Nous pensons qu'à ces exceptions près, tous les autres reliefs apparus pendant les glaciations font intervenir essentiellement l'action des eaux glaciaires.

C'est au cours de cette première phase que les points hauts de la crête, jusqu'ici émergés, ont été « rabotés » : les nunataks sont devenus des sommets jardins. Nous avons appelé « façonnement lors du pléniglaciaire » ce mode d'érosion, dont nous avons rencontré plusieurs exemples au cours de nos études.

Ce rabotage des reliefs les plus élevés n'a rien à voir avec la pénéplanation, beaucoup plus ancienne et plus importante, que mentionne Maurice Gidon sur son site Geol-Alp et qui a provoqué, à l'aube du Quaternaire, l'aplanissement des plateaux du Bas Dauphiné (Chambaran).

 

Deuxième phase

C'est le début du cataglaciaire.

Lorsque commence le réchauffement, il y a début de production d'eaux glaciaires, pour commencer, dans le bas des vallées. Puis l'altitude de production des eaux glaciaires s'élève, jusqu'à atteindre le niveau du pléniglaciaire (du fait de la convergence des surfaces des glaciers dans le haut des vallées).

On sait que nous attribuons aux eaux glaciaires un rôle essentiel dans la formation du relief. Nous pensons donc que c'est au cours de cette deuxième phase que se produit le maximum de creusement des vallées. En particulier, sur les versants, les eaux glaciaires de surface façonnent les sommets d'épaulement, quelques dizaines de mètres sous le niveau atteint par la glace.

Toujours dans les vallées occupées par les glaciers, les eaux glaciaires initient les ravinements, en profitant de points faibles dans le relief des versants et/ou dans la nature des terrains rencontrés. Le sommet de ces ravinements se situe donc à l'altitude où s'écoulent ces eaux, quelques dizaines de mètres sous le niveau atteint au pléniglaciaire.

Au cours de chacune des glaciations passées, plusieurs phases de réchauffement successives ont pu se produire, au début de chacun des cataglaciaires des stades isotopiques 10 et antérieurs. Lors de chacune de ces phases de réchauffement a eu lieu un accroissement des dimensions de la vallée au cours duquel les ravinements creusés lors des phases précédentes ont disparu. Au final, seuls demeurent les ravinements initiés, soit au cours de la dernière phase de réchauffement, soit au cours de celle où l'altitude atteinte par le glacier était la plus grande.

De son côté, l'érosion périglaciaire poursuit son action sur les parties émergés et le glacier continue à en évacuer les produits.

Troisième phase

La poursuite du réchauffement provoque la baisse d'altitude de la surface des glaciers en dessous de l'altitude qu'ils atteignaient lors du pléniglaciaire, en même temps que la production d'eaux glaciaires s'amplifie. Les eaux glaciaires latérales s'écoulent le long des versants à des niveaux de plus en plus bas. Cherchant à rejoindre le fond d'auge, elles utilisent en particulier pour cela, les points faibles dans l'étanchéité de la glace contre les versants que constituent les ravinements créés lors de la deuxième phase. Elles élargissent les vallées, comme le font également les eaux qui circulent sur le fond d'auge.

Les ravinements créés au cours de la phase précédente s'amplifient, sans toutefois que les altitudes de leurs sommets ne changent, puisque cette troisième phase débute en dessous de l'altitude de convergence. D'autre part, l'érosion régressive, qui serait susceptible de faire remonter l'altitude de ces sommets, est peu importante, du fait de la présence du pergélisol.

Au cours de cette troisième phase, l'érosion périglaciaire sur les sommets émergés continue, cependant que les glaciers poursuivent l'évacuation des débris.

Quatrième phase

Cette phase, l'interglaciaire, s'étend jusqu'au début de la glaciation suivante.

On assiste alors à un complément d'érosion sur la totalité des vallées, moins important cependant qu'à la phase précédente, car dû à l'action des eaux météoriques, diffuses et qui, en conséquence, ont, à débit égal, un effet d'érosion moins violent que celui des eaux glaciaires plus concentrées. « Les eaux météoriques agissent à la pomme d'arrosoir, alors que les eaux glaciaires arrosent au jet ».

L'infiltration, ainsi que la couverture végétale, qui diminuent toutes deux le débit des eaux courantes à la surface du sol restreignent encore leur pouvoir érosif. Les produits de cette érosion, déposés en bas des pentes, sont évacués par les eaux courantes essentiellement pendant les crues, mode de transport moins efficace que celui utilisé par les glaciers qui s'exerce d'une manière continue.

Le réchauffement entraîne progressivement la disparition du pergélisol ; les érosions postglaciaires s'attaquent aux ravinements, les élargissant et entraînant l'augmentation de l'altitude de leurs sommets.

En résumé, toutes phases réunies, nous pensons que l'érosion glaciaire consiste essentiellement en trois actions :

    1. l'évacuation des produits déposés à la surface des glaciers par l'érosion périglaciaire des reliefs émergés,

    2. la production d'eaux glaciaires, en particulier des eaux glaciaires latérales, dont l'action est essentielle dans le façonnement des vallées et dans la création des ravinements.

    3. enfin la création par la glace elle-même, associée parfois à des écoulements d'eaux, de formes superficielles, stries, polis glaciaires et roches moutonnées, toutes actions qui n'affectent pas de manière importante la forme des vallées.

Cette hypothèse nous conduit donc à penser qu'au cours d'une glaciation de longue durée, la phase de creusement des vallées, généralement attribuée à l'interglaciaire Mindel - Riss, s'est produite au cours de cet interglaciaire en plusieurs phases successives au début de chacun des réchauffements qui ont marqué le cours de cette glaciation.

En utilisant la notation selon les stades isotopiques, les phases de creusement des vallées se seraient donc produites au début du cataglaciaire de chacun des stades 10 et antérieurs.


Mise à jour le Mercredi, 05 Octobre 2016 09:42