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Ravinements dus à l'action des eaux glaciaires latérales de deux glaciers lors de leur confluence PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Claude Beaudevin   
Jeudi, 30 Octobre 2014 20:33

Version du 15 novembre 2014

Pour faciliter les comparaisons, nous présentons à nouveau les images des ravinements qui figurent à la page sur les ravinements, œuvre des glaciers, accompagnées ici de commentaires plus complets

... ou ravinements du Type B

Ces reliefs se forment lorsque deux glaciers, s'écoulant dans deux vallées voisines séparées par un relief, confluent à l'extrémité de celui-ci ; leurs eaux glaciaires latérales se réunissent alors, donnant naissance parfois à ce que nous avons appelé ailleurs dans ce site ravinement d'affrontement. Le relief préexistant à la glaciation se présente sous la forme d'une crête séparant deux vallées, chacune d'entre elles abritant un glacier. Les deux glaciers confluent lorsque la crête s'abaisse.

Voici un schéma représentant le parcours des eaux glaciaires latérales des deux glaciers. Il montre comment, selon nous, se forme ce type de ravinement.

Ravinement de Type B

Les eaux glaciaires latérales de chaque vallée se réunissent à l'extrémité de la crête, à la confluence des glaciers. Jusqu'à cette confluence, les eaux glaciaires de chacun des glaciers s'écoulaient, contre les versants de chaque vallée, en empruntant les moulins de rive et les conduits sensiblement horizontaux qui s'y situent. Mais, lorsqu'elles se rejoignent, cette possibilité d'écoulement contre les versants prend fin. Deux possibilités sont alors offertes aux eaux glaciaires pour continuer à s'écouler :

      • soit elles quittent le contact avec le relief et circulent alors sur la surface d'écoulement intraglaciaire en suivant la pente de celle-ci, auquel cas elles pourront parfois donner naissance, en aval, à des ravinement du type F,

      • soit elles gagnent les profondeurs du glacier en descendant entre le relief et la glace, auquel cas elles exerceront alors une érosion bien plus importante que celle qu'elles engendraient avant leur jonction.En effet, leur pouvoir érosif est exacerbé du fait :

          • du débit important créé par la réunion des eaux des deux glaciers,

          • de leur écoulement selon la ligne de plus grande pente du versant, donc à plus grande vitesse,

          • et peut- être d'un débit solide accru du fait de la réunion des deux moraines latérales.

Un ravinement du type B prendra alors naissance, si toutefois la nature du terrain s'y prête, en dessous du point de rencontre des deux glaciers lorsqu'ils sont devenus tempérés au cours du cataglaciaire, alors qu'ils occupaient encore leur position du pléniglaciaire. Voir à ce sujet la page sur la convergence des altitudes atteintes par les glaciers dans les parties hautes des vallées.

Formation d'un ravinement de type B à la confluence de deux glaciers

Ravinement type B, phase 1
Ravinement type B, phase 2

Ultérieurement, à chaque stade de repli au cours du cataglaciaire, les eaux glaciaires latérales de chaque glacier, avant de se rejoindre au milieu du ravinement, inciseront sur ses bords des ravines latérales, bien visibles dans le paysage actuel.

À chacun des stades de repli, ces ravines prendront naissance à des niveaux de plus en plus bas.

Ravinement type B, phase 3
 

Le ravinement du Colombier

Voici la face nord-est du Colombier, sommet qui domine Valbonnais (Isère).

Le ravinement du Colombier en Isère

Image sensible au passage de la souris

Cette image Géoportail représente le Colombier vu du Nord.

 
 
 
 
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La formation de ce ravinement peut s'expliquer ainsi qu'il suit :

Le Colombier était, au pléniglaciaire du Mindel, un sommet jardin. Ainsi que le montrent les sites témoins de la vallée de la Bonne, en aval de La Chapelle en Valjouffrey, le glacier de la Bonne (repére 1) s'élevait alors à 1950 m environ sur le versant est du Colombier. Ce glacier envoyait vers le sud, au-dessus du col d'Hurtières (1827 m), une diffluence (repére 3) dont l'épaisseur atteignait une centaine de mètres. Le glacier de la Bonne, continuant à descendre la vallée, la glace franchissait l'arête Côte Belle/Colombier mais sous une épaisseur de quelques dizaines de mètres seulement. Il s'agissait donc là, non d'une véritable diffluence, mais d'un simple débordement. Les eaux glaciaires latérales rive gauche du glacier de la Bonne, coulant à 100/150 m sous la surface, ne pouvaient donc franchir l'arête, dont l'altitude varie de 2027 m à 1915 m. Le versant sud-ouest de cette arête ne montre d'ailleurs aucune trace d'écoulement important d'eau.

Les glaces qui venaient de franchir le col d'Hurtières s'épandaient sur les versants sud et sud-ouest de la montagne. Une partie (repère 4) rejoignait le glacier du Drac (repère 5) vers 1890 m. Une autre partie (repère 6) s'écoulait contre le versant sud-ouest de l'arête Côte Belle/Colombier, franchissait l'arête nord-ouest du Colombier et rejoignait le flux principal du glacier du Drac (repére 1a) qui venait de contourner l'arête nord-est. Les eaux glaciaires latérales de ces deux flux de glace (1a et 6), réunissant leurs débits, ont donc, dans leur descente vers le fond d'auge, donné naissance au ravinement du Colombier.

Toutes les conditions, y compris celle de la quasi-horizontalité de l'arête Côte Belle/Colombier, étaient en effet remplies pour que prenne naissance ici un ravinement du type B. Ce ravinement s'est amplifié pendant toute la durée du cataglaciaire et des ravines, visibles sur la vue précédente, sont apparues sur ces deux rives lors de chacun des stades de repli du glacier.

Voici d'autres exemples de ravinements de ce type B qui s'expliquent selon des schémas analogues faisant intervenir deux glaciers circulant de part et d'autre d'un relief.

 

Le ravinement de la Tête de la Bau

Voici un autre exemple de ravinement du type B, qui culmine à la Tête de la Bau, dans la vallée du Vernet (Alpes-de-Haute-Provence), extrémité inférieure du contrefort sud-ouest du Pic des Têtes.

Le ravinement de la Tête de la Bau dans les Alpes de Haute-Provence
Image sensible au passage de la souris

Ce ravinement se trouve à l'extrémité sud-ouest de la Montagne des Têtes. De part et d'autre de cette Montagne s'écoulaient deux glaciers : au nord, le glacier du Riou de la Montagne et, au sud, le glacier du Galèbre.

Les eaux latérales de rive droite du glacier sud longeaient la face sud de la Tête du Travers sous laquelle elles ont creusé une succession de ravinements de type A en descendant vers le fond d'auge, et exposés dans cette autre page.

Les eaux latérales de rive gauche du glacier nord longeaient le flanc nord de la Montagne des Têtes jusqu'à l'extrémité sud du Moure des Chanolles où se trouve l'épaulement de la Bau (1756). Elles s'écoulaient le long du plan incliné remontant N-S et, en s'écoulant par dessus la Tête de la Bau (1705), ont creusé le profond ravinement de type B de l'arête sud.

Le sommet du ravinement s'élève à 1710 m. On remarque, sur l'image Geoportail ci-contre, que les ravines qui strient les deux versants du ravinement prennent bien naissance au sommet des rives de celui-ci.

Le ravinement de la Tête de la Bau dans les Alpes de Haute-Provence

 

Cette carte des lieux montre les écoulements d'eaux glaciaires ayant engendrés les ravinements :

      • les eaux glaciaires de rive droite du glacier du Galèbre ont créé les ravinements de type A sous la Tête du travers, qui sont analysés dans cette autre page.

      • celles de rive gauche du glacier du Riou de la Montagne ont créé un ravinement de type B sous la Tête de la Bau.

Par ailleurs, la rive droite du vallon du Galèbre présente une succession de ravinements dont l'altitude, lorsqu'on le remonte, s'accroît régulièrement de 1710 m, pour le ravinement de la Tête de la Bau, jusqu'à atteindre 2500 m sous le sommet du Pic des Têtes (2662 m). En aval, ce glacier confluait avec celui du Bès, lui-même affluent du glacier de la Blèone, qu'il rejoignait dans les environs de La Javie. La prise en compte de ces ravinements permet de visualiser la surface du glacier qui remplissait ce vallon du Galèbre au Mindel. (étude en cours)

 

La Montagne des Chalmettes

La Montagne des Chalmettes, empruntée par les sentiers d'accès à la mine des Chalanches, se situe dans le massif de Belledonne, au-dessus d'Allemont (Isère). Elle est dominée par la Grande Lance d'Allemont (2842 m), d'où descendaient deux glaciers, de part et d'autre du ravinement. A leur confluence avec celui de l'Eau d'Olle, le ravinement a pris naissance, selon un schéma analogue à celui que nous venons de décrire dans le cas du Colombier.

Ici aussi, les nombreuses ravines qui strient le ravinement de la Montagne des Chalmettes nous paraissent dus aux stades successifs de retrait au cours du cataglaciaire du Mindel.

Image sensible au passage de la souris

La pointe de Pralognan

En Savoie, cette fois, voici un autre ravinement du type B, celui de la Pointe de Pralognan sur Bourg-Saint-Maurice.

La vallée visible à gauche est celle des Chapieux, celle de droite celle du Charbonnet, parcourues toute deux par des glaciers au Mindel.

Image sensible au passage de la souris

Le ravinement de la Moulière

Voici un autre exemple de ravinement du type B, près d'Argens (Alpes-de-Haute-Provence).

L'arête, longue de près de 2 km que l'on aperçoitdans le prologement du sommet du ravinement, séparait deux branches du glacier mindélien du Verdon.

À gauche de l'image, la branche 1 provenait de Thorame-Basse par la vallée de l'Issole, à droite, une diffluence du glacier du Verdon passait par Argens. Ces deux branches se rejoignaient à la fin de l'arête pour donner naissance au ravinement, de forme très voisine de celles des autres exemples présentés ci-dessus.

Le ravinement de la Moulière dans les Alpes de Haute-Provence

Image sensible au passage de la souris

Tous les ravinements du type B ne présentent pas une forme aussi remarquable que celle des exemples qui précèdent. Nous verrons dans la page les ravines des Achards (en cours de rédaction), que dans certains cas, seule une étude détaillée des modalités de sa formation peut permettre de déterminer qu'un ravinement appartient bien à ce type.

Tracé de l'arête séparative des deux glaciers

On remarquera que, dans tous les cas de ravinements de ce type B qui vienne d'être décrits, l'arête qui sépare les deux glaciers est sensiblement horizontale ou légèrement ascendante sur une certaine longueur en amont du ravinement, ce qui est une constante pour ces ravinements du type B et s'explique aisément. En effet, s'il n'en était pas ainsi et si l'arête avait présenté un ensellement, ou un col, en amont du ravinement, les eaux glaciaires latérales des deux glaciers auraient pu se rejoindre en l'empruntant. C'est donc à cet endroit que le ravinement se serait alors formé.

Examinons maintenant deux cas particuliers, qui conduisent tous deux à la même forme d'érosion : celui de deux glaciers de vallée s'affrontant face à face et celui d'un massif isolé.

Affrontement de glaciers

Que se passe-t-il lorsque deux glaciers de vallée, lors de leur confluence, se rencontrent face à face, s'affrontent en quelque sorte - d'où le nom de ravinements d'affrontement que nous avons parfois utilisé dans ce cas ?

Ce cas est actuellement peu fréquent, mais il se rencontrait plus souvent, semble-t-il, lors des glaciations anciennes. Le processus de formation de ces ravinements est le même, pensons nous, que celui que nous venons de décrire dans dans le cas général et nous ne reviendrons donc pas sur lui. Mais Il arrive parfois que les eaux stationnent dans un lac à la surface du glacier, avant d'en ressortir en s'évacuant, soit par l'intérieur du glacier, sur la surface d'écoulement intra glaciaire, soit contre le flanc d'auge, ainsi que décrit ci-dessus.

 

On peut citer ainsi, dans les temps historique, l'ancien lac du Tacul (Chamonix) ou le Gornerseen, sur le Gornergletscher (Massif du mont Rose). On lira à ce sujet l'article très documenté de Luigi Peretti : Les lacs de barrage glaciaire et le vidage du lac de Galambra (Massif d'Ambin), In: Revue de géographie alpine. 1935, Tome 23 N°3. pp. 635-654, doi : 10.3406/rga.1935.5482.

Le lac de Tacul se situait à la confluence des glaciers de Leschaux et du Tacul (Massif du Mont Blanc, France). Il s'est vidé à plusieurs reprises, en particulier le 13 août 1819 et n'existe plus à l'heure actuelle du fait de l'abaissement du niveau du glacier, estimé à 40 m.

La figure suivante montre l'emplacement approximatif où se situait ce lac du Tacul, à l'amont de la Mer de Glace (Chamonix, Savoie).

Qu'elles aient ou non transité par un lac, les eaux pouvaient ensuite s'évacuer selon l'une ou l'autre possibilité exposées ci-dessus. Dans le cas où elles descendaient entre glace et rocher, elles donnaient naissance à un ravinement du type B.

Nous proposons comme exemple d'un tel ravinement dû à l'affrontement de deux glaciers face à face, celui de la Combe Charbonnière, à l'intérieur du Vercors (Isère).

La Combe Charbonnière

Au-dessus de Corrençon-en-Vercors (Isère) se situe un relief remarquable, la Combe Charbonnière, que nous pensons imputable à l'affrontement de deux glaciers.

Combe Charbonnière dans le Vercors (Isère)

Le ravin d'affrontement de Combe Charbonnière dans le Vercors

Cette combe prend naissance, à sa partie haute, contre la falaise qui s'élève jusqu'à la crête ; elle n'est pas surmontée par un entonnoir d'alimentation. L'érosion qui lui a donné naissance n'était donc pas de nature torrentielle, mais glaciaire, alors même que la Combe Charbonnière n'est pas dominée par un cirque susceptible de l'avoir alors alimentée.

D'où provenait donc la glace capable de donner naissance à un relief d'une pareille importance ? Etait-ce celle du glacier intérieur du Vercors ? Mais au cours des deux dernières glaciations, Riss et Würm,la pénétration des glaces du glacier de l'Isère à l'intérieur du Vercors ne dépassait pas Lans-en-Vercors.

Il nous faut donc remonter à la glaciation maximum, celle du Mindel.

Au pléniglaciaire de celle-ci, le glacier intérieur du Vercors (flèche 3 sur le croquis ci-contre), dont les glaces provenaient essentiellement de la diffluence de son homologue de l'Isère transitant par la vallée du Furon, rencontrait alors ici à peu près frontalement le glacier du versant nord de la Grande Moucherolle (flèche2).

Les eaux glaciaires de la rive gauche du premier, coulant contre le versant ouest des crêtes, se joignaient donc à celles de la rive droite du second.

C'est donc l'addition des débits des eaux glaciaires de cette ancienne glaciation qui nous paraît avoir été à l'origine de la Combe Charbonnière.

Le vallon de la Fauge dans le Vercors (Isère)

On aura remarqué qu'il ne s'agit par là exactement d'un ravinement, mais d'un ravin, limité sur sa rive gauche par une falaise de calcaire urgonien, suivant le tracé d'une faille. Nous avons bien précisé plusieurs fois que les ravinements prennent naissance sous l'action d'un flux d'eau important, mais à condition que la nature du terrain s'y prête. Ce n'était pas le cas ici, vu la compétence de celui-ci.

Cas d'un massif isolé

Lors de la création d'un ravinement d'affrontement, les deux glaciers qui s'affrontent peuvent être deux branches d'un même appareil. Ceci se produit lorsqu'un glacier rencontre sur son chemin un massif isolé. Il se divise alors, sur la "proue" du massif, en deux branches qui encerclent celui-ci et qui se retrouvent, affrontées, sur la "poupe".

En exemple, nous citerons le ravinement de la face nord est du Mont Aiguille, en Isère.

Mentionnons enfin quelques autres ravinements du type B, que nous n'avons pas étudiés jusqu'à présent en détail :

      • La Montagne de la Crevasse, qui culmine à près de 2600 m au-dessus de Besse (Isère)

      • Plus haut encore et légèrement au nord du précédent, le ravinement de Côte Rouge, qui s'élève à près de 3000 m

      • Enfin la face ouest du Roc d'Alibrandes, dans la vallée du Drac Blanc, près des Borels (Hautes-Alpes).

 

Autres types de ravinements

 

Nous avons également identifié d'autres types de ravinements dus à l'action des glaciers et à l'écoulement de leurs eaux glaciaires, comme :

ainsi que des ravinements non dus à un glacier de vallée.

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Mise à jour le Samedi, 14 Novembre 2015 16:49