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Le modelé périglaciaire PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Claude Beaudevin   
Jeudi, 11 Août 2011 17:43
Version 115

Péri signifie autour de, dans les deux sens du terme, spatial et temporel. Le terme périglaciaire s'applique donc :

  • aux phénomènes causés par le climat, pendant les périodes froides du Quaternaire, dans les régions non recouvertes par les glaciers,

  • mais aussi aux phénomènes analogues se produisant avant et après les périodes froides - en particulier encore de nos jours - en haute montagne ou dans les régions polaires.

On pourrait dire que dans le premier sens il s'agit de phénomènes fossiles alors qu'ils seront vivants dans le deuxième.

Plus encore que le relief glaciaire, le modelé périglaciaire présente une variété de formes étonnante, dont nous ne pourrons présenter ici qu'un petit nombre.

Le lœss

Parmi les formes héritées des grandes glaciations quaternaires, la plus importante nous paraît être le lœss. Il s'agit de dépôts sédimentaires détritiques, en général argilo-calcaires et à grains très fins (2 à 50 microns). Le vent des époques froides a arraché les éléments fins résultant de l'érosion glaciaire.

Vent de lœss dans la Matanuska Valley en Alaska

Le vent entraîne les éléments fins dans la Matanuska Valley (Alaska).

Déposés parfois très loin du front des glaciers, ils ont donné naissance à une roche originale, le lœss.

On appelle lœss (terme originaire d'Alsace) un sédiment d'origine éolienne, de couleur jaune à brun jaune, friable mais cohérent, dans lequel les particules de la taille des limons (2 à 50 microns) représentent 60 à 80 %, avec un peu d'argile et de sable fin. Les grains sont anguleux, le plus souvent quartzeux. Le lœss typique n'a pas de litage.

Le lœss résulte du piégeage par une végétation herbacée dense de particules fines, transportées en suspension dans l'air. Cette végétation repousse au-dessus du sédiment au fur et à mesure de son accumulation ; elle annihile tout litage et ses racines engendrent des canalicules qui confèrent au lœss une bonne porosité. Il existe différents types de lœss :

  • le lœss sableux,

  • le lœss argileux,

  • le lœss lité, dû à une origine nivéo-éolienne : la sédimentation se serait effectuée sur une couche de neige,

  • le lœss a doublets. C'est un lœss non calcaire constitué par l'alternance régulière de lits bruns plus argileux et jaune à gris plus sableux de quelques millimètres ou centimètres d'épaisseur. Les lits bruns sont plus riches en fer que les gris,

  • le sol sur lœss est un lœss argileux, décarbonaté, anciennement nommé lehm, formé par altération du lœss sous-jacent lors des phases tempérées et humides,

  • le limon éolien, sédiment d'origine mixte, là où la dynamique éolienne périglaciaire était réduite (limon de Beauce dans l'Orléanais).

La fraction limoneuse (2 à 50 microns) peut être due :

  • au remaniement de la farine glaciaire, produite par les glaciers puis triée par l'eau et épandue à la surface des cônes fluvio-glaciaires,

  • à la pulvérisation des minéraux par cryoclastie. Le gel peut agir en effet non seulement sur les grains polyminéraux mais il peut aussi fortement affecter les grains de quartz eux-mêmes, produisant ainsi une abondante phase limoneuse-quartzeuse,

  • à l'amenuisement de la taille des minéraux, quartz compris, dans les horizons superficiels des sols lessivés, dégradés, par dissolution partielle des grains (phénomène qui peut se produire également dans d'autres terrains superficiels),

  • à l'entrechoquement des grains de sable brassés par le vent. Les éclats détachés ont en effet le plus souvent la taille et la forme des particules limoneuses. Le vannage suffit ensuite au tri des éléments fins.

Cette roche est très largement répandue en Europe où elle s'est déposée dans des conditions subdésertiques périglaciaires survenues à plusieurs reprises au plus fort des glaciations quaternaires. Les lœss couvrent des surfaces considérables dans le nord de l'Europe, en particulier en Allemagne, mais ils sont rares dans nos régions de montagne et quasiment absents des Alpes françaises. Ce sont de bonnes terres arables, d'où leur importance économique

Distribution des lœss en Europe occidentale

(d'après "Géologie des formations superficielles" par M CAMPY et J J MACAIRE - éditions Masson)

En Chine du Nord, le Plateau des lœss, sur une surface de près de 300 000 km², est constitué d'une épaisseur de 200 mètres de ces dépôts, qui donnent au Fleuve Jaune sa couleur caractéristique. 30 millions de personnes y vivent dans des yaodongs, habitations troglodytiques creusées dans le lœss. Les vents glacés qui soufflaient durant les époques glaciaires ont eu parfois une action érosive. Certaines des formes ainsi créées, de dimensions suffisamment grandes, ont pu persister jusqu'à nos jours. On en trouvera quelques exemples à la page sur les formes de déflation.

La différentiation des versants

Une autre action périglaciaire a fortement marqué nos paysages : celle de la différenciation de la pente des versants des vallées selon leur exposition.

Les versants exposés au sud-ouest, plus ensoleillés, ont été soumis au ravinement lors du dégel printanier ; sur le versant opposé, au contraire, s'accumulait un limon de solifluxion. Cette opposition de formes a perduré jusqu'à nos jours et se retrouve, par exemple, à l'heure actuelle, dans les paysages de coteaux de l'Armagnac.

"Au total, les actions périglaciaires sont un des facteurs essentiels du modelé des pays tempérés qui explique, en particulier, l'importance des vallées, sans commune mesure avec le débit des cours d'eau actuels." (Charles Pomerol)

Le Pergélisol

En ce qui concerne les autres formes du modelé périglaciaire, il faut convenir qu'elles marquent moins les paysages de nos régions que ne l'ont fait les glaciers. Il s'agit le plus souvent en effet de formes de dimensions limitées, à l'exception toutefois du pergélisol des temps glaciaires. (Au pergélisol français correspond le permafrost anglais, le dauerfrostboden allemand et le tjäle nordique.)

À ces époques, en effet, le sol, en dehors de la zone couverte par les glaciers, était gelé sur une forte épaisseur, plusieurs centaines de mètres par endroits : un pergélisol permanent affectait ainsi toute la moitié nord-est de la France, cependant que le reste de notre pays était soumis à un pergélisol plus modéré, discontinu ou saisonnier. La composition du sol était variable (sable, gravier, blocs) de même que la proportion de glace (30 à 70 %). Même s'il ne nous est possible de connaître que de manière hypothétique certaines caractéristiques de ce phénomène - son épaisseur exacte en particulier - il est certain que ses conséquences ont été nombreuses.

Alors même que le sous-sol restait gelé, formant une barrière étanche, les couches superficielles (le mollisol) dégelaient en été. Une toundra de climat humide pouvait s'établir sur certaines zones mal drainées mais bien exposées. Les pentes plus soutenues étaient soumises à des alternances de gel et de dégel qui fragmentaient les roches et entraînaient en bas les débris par gélifluxion et solifluxion. Les terrains ainsi ameublis sont, de nos jours, des sites privilégiés pour la culture de la vigne.

En montagne, le pergélisol affectait la totalité des terrains non englacés. Ses phénomènes annexes (gélifraction (ou cryoclastie), gélifluxion (ou cryoturbation), solifluxion) ont modelé nos montagnes au dessus du niveau des glaciers ainsi qu'après la disparition de ceux-ci. Ils sont à l'origine de paysages aussi divers que les "casses" bien calibrées du col d'Izoard ou du Dévoluy et nos prairies d'alpages.

Sur certains terrains à couverture calcaire massive (Jura, Causses), les réseaux karstiques développés pendant les interglaciaires étaient colmatés par la glace pendant les glaciations (telle que l'est actuellement la grotte Casteret, au dessus de Gavarnie ou, jusqu'à une époque très récente, certains chouruns (gouffres) du Dévoluy (Hautes-Alpes)). Les eaux estivales s'écoulaient donc en surface jusqu'aux falaises bordières dans lesquelles elle découpaient des reculées (Jura, Causses en face de Roquefort).

Les autres formes de modelé périglaciaire

Les principales autres formes de modelé périglaciaire sont de petites dimensions. Certaines sont encore vivantes, d'autres sont fossiles car elles n'évoluent plus dans le temps, se situant en dehors des périmètres actuellement concernés par les phénomènes de gel-dégel. On trouve ainsi :

 

De nos jours, dans les Alpes, le domaine où les actions périglaciaires gardent une certaine activité s'est rétréci comme neige au soleil. Les seules formes encore vivantes se résument à :

Quant au pergélisol, il ne se rencontre plus actuellement qu'en Amérique du Nord, Scandinavie, Spitzberg et Sibérie, où son épaisseur peut atteindre plusieurs centaines de mètres. Dans les Alpes, on ne le trouve plus qu'au dessus de 3000 m.

 

Quelques formes périglaciaires arctiques

Une forme typique du Spitzberg : cet escarpement calcaire est strié de couloirs de gélifraction localisés sur des diaclases verticales.

La roche fragilisée y est plus sensible qu'ailleurs à la succession des cycles gel/dégel, d'où la formation de ces couloirs. Les éléments mobilisés par la cryoclastie forment en général des cônes d'éboulis à la base des couloirs, mais, dans le cas présent, ils ont été engloutis dans les eaux du fjord.

Diaclases au Spitzberg
 
Diaclases au Spitzberg

Un relief analogue, situé également au Spitzberg.

Ici, les cônes d'éboulis sont apparents.

 

On trouvera d'autres exemples de modelé périglaciaire sur le site Geol-Alp de Maurice Gidon et sur celui de Thierry Feuillet : geopyrenees.


Mise à jour le Samedi, 08 Octobre 2016 08:45