Cliquez sur ce bouton +1 pour dire à vos amis que cette page vous a plu.    
Textes, croquis et photos (sauf mention contraire) Claude Beaudevin  e-mail Claude Beaudevin Présentation et mise en page Bruno Pisano  e-mail Bruno Pisano

  Certains mots à la signification spécifique sont écrits en bleu et soulignés en pointillés. Si vous laissez la souris dessus, une info-bulle affichera leur définition.

 
Les nunataks et les jardins PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Claude Beaudevin   
Jeudi, 24 Février 2011 19:05
Version 114 du 23 août 2009

Là aussi, quelques définitions s'imposent :

      • un nunatak - d'un mot inuktituk qui signifie "pic isolé" - est une montagne qui émerge du glacier et que l'on rencontre actuellement au Groenland, au Canada ou en Antarctique.

      • un jardin (par analogie avec le Jardin de Talèfre à Chamonix), est un îlot rocheux, sensiblement plan, dont la surface émerge à peine du glacier.

 

Nunatak, subst. masc.,

GÉOGR. Piton rocheux émergeant au-dessus de la calotte glaciaire. Prononc. et Orth.: [nynatak]. Plur. des nunataks. Étymol. et Hist. 1906 (CHARCOT, Expéd. antarct. fr., p.14). Mot esquimau de même sens. Bbg. QUEM. DDL t. 5.

En voici quelques exemples :

Nunataks

Un nunatak particulièrement remarquable dans l'île d'Ellesmere

Encyclopédie Canadienne

 

Une "forêt" de nunataks sur la côte est du Groënland

Wikipedia

Côte est du Groënland

Pour nous, qui nous intéressons tout spécialement aux glaciers alpins, il s'agira bien entendu d'un relief fossile, qui, à l'époque, émergeait des vastes étendues glaciaires des glaciations quaternaires.

Il ne faut pas confondre les nunataks avec les horns ni avec les cornes, étudiés dans une autre page de ce site.

D'autre part, nous utiliserons ce terme stricto sensu, c'est-à-dire en nous bornant à des pics isolés et non à des chaînons, comme le font certains auteurs. Enfin, nous le réserverons à des sommets qui émergeaient lors des pléniglaciaires, car, la liste serait bien trop longue de ceux qui faisaient surface lors des phases de retrait.

Quelques Nunataks alpins

Les Alpes présentent en effet quelques-uns de ces reliefs.

Le Rocher du Roux en Savoie

Le Rocher du Roux (1561 m), en contrebas de la Tournette (Savoie, massif Bornes-Aravis).

Au pléniglaciaire du Würm, c'était donc un nunatak qui dépassait d'une centaine de mètres la surface du glacier qui empruntait la cluse d'Annecy.

En arrière, le massif des Bauges.

 

L'Aiguille Rouge (2548 m) entre col des Thures et col de l'Echelle, dans la vallée de la Clarée (Hautes-Alpes).

Il dominait de 250 m environ le glacier de la Vallée Etroite.

Carte de la Vallée Etroite

L'Aiguille Rouge au-dessus de la Vallée Etroite (Hautes-Alpes)
 
Pied Moutet (Oisans, Isère)

Un nunatak en Oisans : seul le sommet de Pied Moutet (Oisans, Isère) émergeait de la vaste étendue de glace formée par la réunion des glaciers de la Romanche et du Vénéon.

En grisé, le niveau du glacier au pléniglaciaire de la glaciation maximum la Molière (de l'ordre de 2100 m)

 

Entre Cluses et Genève, le petit massif bien individualisé du Môle.

Il s'élevait de 450 m au-dessus du glacier würmien.

Mais c'est aussi un "môle" créé lors de la glaciation maximum la Molière

Le Môle entre Cluses et Genève

Voici Clôt la Cime, petit sommet qui domine le lac de Serre-Ponçon. Pourrait-il s'agir d'un nunatak, émergeant jadis du glacier de la Durance ? Nous renvoyons le lecteur à la page sur les glaciers du Gapençais où il constatera qu'au maximum du Würm, le glacier de la Durance arrivait sensiblement au niveau de son sommet (1594 m). C'était donc également un "môle".

clôt la cime et le lac de Serre-Ponçon

Photo Bruno Pisano

La carte au 1/25 000e montre que ce sommet est un petit plateau, ce que suggère d'ailleurs son nom vernaculaire de "clot" (replat dans une pente), situé ici à la cime. Il ne s'agit donc pas d'un nunatak, mais plutôt d'un môle c'est-à-dire d'un îlot rocheux plat dont la surface émergeait à peine du glacier würmien.

Par contre, le Mont Colombis (à 1733 m), plus prés de Gap, était un nunatak.

Le Jardin de Talèfre

Le Jardin de Talèfre, connu depuis longtemps par les guides et les chercheurs de cristaux locaux, se situe au centre du glacier homonyme, au dessus de Chamonix. Il se présente sous la forme d'une surface rocheuse, approximativement plane, de forme triangulaire, s'étageant entre les altitudes de 2650 et 2950 m et qui dépasse les glaces environnantes de quelques dizaines de mètres. Le Jardin a émergé à l'air libre à la fin du Würm. Il a été épargné par les glaces pendant le Petit Age de Glace qui se sont contentées de déposer des moraines sur son pourtour.

Lors du Petit Age de Glace, le Jardin était en effet cerné par trois flots de glace :

      • au nord, une partie du glacier de Talèfre, descendue de l'Aiguille Verte et des Droites,

      • au sud-est, l'autre partie du même glacier, descendue de l'aiguille de Taléfre. Ces deux flots de glace ont déposé les deux moraines les plus élevées, celles qui forment un V renversé.

      • en même temps, à la partie inférieure du Jardin, le glacier de vallée de Leschaux construisait la moraine inférieure.

Le peintre genévois Jean-Antoine Linck a représenté (ca. 1800) ce Jardin de Talèfre. A cette époque, il était bien bordé par 3 flots de glace :

Le Jardin de Talèfre par Jean-Antoine Linck (ca. 1800)
Vue du Jardin, des Droites, et des Courtes, des Aiguilles de l'Echau, des Rouges, et du Glacier du Talefre,
prise du Sommet du Rocher du Couvercle
Jean-Antoine Linck (ca. 1800)

Ce relief est donc bien l'oeuvre de trois glaciers agissant simultanément, deux glaciers de versant et un glacier de vallée.

Les glaciers se sont aujourd'hui retirés et le Jardin de Talèfre apparaît maintenant entouré sur trois côtés par les moraines des 3 anciens glaciers. Celles-ci sont bien visibles sur la photo ci-dessous :

Le Jardin de Talèfre aujourd'hui

Haut de page

Mise à jour le Lundi, 02 Janvier 2017 12:07