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Autres exemples de versants d'érosion PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Claude Beaudevin   
Mercredi, 08 Décembre 2010 18:51
Version 81

Le versant d'érosion de Culoz

Un autre exemple, impressionnant par ses dimensions, à l'échelle des glaciers gigantesques qui l'ont modelé, va nous amener au bord du Rhône, à Culoz.

Dominant Culoz (Ain), un impressionnant versant d'érosion haut d'un millier de mètres entame l'extrémité sud du chaînon du Grand Colombier. La pente ravinée culmine, à la Pointe de Faufriquet, à 1250 m. Ce versant d'érosion ne se situe pas dans la concavité d'un méandre du Rhône. Son origine n'est donc pas fluviatile ; nous pensons qu'il s'agit là d'une forme glaciaire, due à l'action du glacier du Rhône.

Le versant d'érosion de Culoz (Ain)

Le versant d'érosion de Culoz dans l'Ain

L'importance de ce versant d'érosion nous incite à le dater du MEG, plutôt que du LGM, autrement dit, sans doute, du Riss plutôt que du Würm. De plus, s'il s'agissait d'une forme würmienne, la glaciation précédente aurait dû imprimer une forme analogue à une altitude supérieure, ce qui n'est pas le cas. Bien entendu, les actions interglaciaires et postglaciaires ultérieures ont amplifié l'érosion de ce versant, qui, lors de sa formation, devait donc culminer légèrement en dessous de 1250 m.

On peut donc estimer que le MEG s'élevait sur Culoz à une altitude comprise entre 1250 et 1300 mètres, ce qui est bien la valeur retenue actuellement.

Situation du versant d'érosion de Culoz (Ain)

Le versant d'érosion de Culoz dans l'Ain

Voir avec Google Earth (coordonnées : 45°51'40" N, 5°46'41" E)

(Si Google Earth n'est pas installé sur votre poste, suivez la procédure indiquée ici)

Pour comprendre le schéma de circulation des eaux glaciaires, que nous pensons être à l'origine de ce versant d'érosion, il nous faut examiner la carte ci-dessous.

La confluence des glaciers

aux environs de Culoz

La confluence des glaciers aux environs de Culoz

Le glacier du Rhône, passé la cuvette lémanique, s'écoulait, le long de la façade est du Jura, selon les flèches bleues. Au niveau de Culoz, il recevait le renfort d'une partie des glaces du glacier de l'Isère, qui, responsable du creusement du lac du Bourget, circulait entre le massif des Bauges et le chaînon du Chat.

Les flèches bleues indiquent le mouvement général des glaciers, mais ne sont à considérer que comme des indications générales.

Selon le mécanisme exposé à la page sur les versants d'érosion glaciaires, le glacier de l'Isère repoussait les eaux latérales de la rive gauche du glacier du Rhône contre le Jura, où elles se joignaient à celles de la rive droite, donnant ainsi naissance à ce gigantesque versant d'érosion.

On retrouve là une situation que nous avons décrite dans la page les ravinements d'affrontement, les 2 glaciers qui s'affrontaient ici etant celui de l'Isère et celui du Rhône

On voit que l'existence de ce versant d'érosion de Culoz permet à elle seule de montrer que l'écoulement des glaces dans la cluse de Chambéry s'effectuait dans le sens Isère - Rhône.

De récentes études de Sylvain Couterand et Philippe Schoeneich, utilisant, elles, les minéraux lourds des dépôts glaciaires, parviennent à la même conclusion (Communication à la SHF du 15 mars 2007).

 
Lac du Bourget face au versant d'érosion de Culoz
Cliché France from the air

Sur cette vue aérienne, on distingue le versant d'érosion de Culoz (flèches blanches), dans le prolongement du lac du Bourget.

La flèche bleue montre le cheminement des glaces provenant de l'Isère.

Le versant d'érosion du Bois des Vouillants

Plus impressionnant encore, par l'importance du volume érodé que celui de Culoz, le versant d'érosion du Bois des Vouillants, au-dessus de Seyssinet-Pariset, dans la banlieue de Grenoble, affecte l'angle nord-est du massif du Vercors.

Les sillons de Seyssinet-Pariset en Isère

La zone concernée par l'étude est représentée en gris sur le schéma ci-contre et entourée d'un tireté blanc sur la photo ci-dessous. Sa surface peut être estimée à 2 km2.

La route d'accès à Saint-Nizier-du-Moucherotte qui la contourne constitue la seule voie de pénétration aisée à l'intérieur du Vercors, toutes les autres ayant nécessité le percement de tunnels.

Les autres indications portées sur cette carte se réfèrent à la page sur les sillons de Seyssinet-Pariset.

 

On voit que cet angle du Vercors a été l'objet d'une érosion très importante.

Mais où sont passés les énormes volumes de roches disparus ?

Ont-ils été emportés par les glaciers ? Ont-ils été engloutis dans les profondeurs de l'ombilic grenoblois ? Nous ne saurions dire...

... mais on peut s'interroger sur les raisons qui ont motivé la localisation de l'érosion à cet endroit.

Le Bois des Vouillants sous la crête des Guillets (massif du Vercors)

Voir avec Google Earth (coordonnées : 45°11'54" N, 5°36'40" E)

(Si Google Earth n'est pas installé sur votre poste, suivez la procédure indiquée ici)

On peut remarquer que les couches supérieures du glacier würmien franchissaient l'épaule des Guillets sur une épaisseur d'une cinquantaine de mètres. (voir la crête des Guillets à la page sur les épaules). La partie supérieure de la falaise sommitale s'élève à 950 m environ, soit une centaine de mètres en dessous de la crête des Guillets.

Nous proposons l'explication suivante : voici la carte des glaciers würmiens au-dessus de Grenoble.

Les glaciers würmiens de l'ombilic grenoblois

Les glaciers würmiens de l'ombilic grenoblois
  • Les glaciers sont représentés en bleu clair.

  • Les flèches bleues indiquent le cheminement des glaces.

  • Le cheminement des eaux de fonte est indiqué par les flèches jaunes.

  • Les flèches grises représentent le cours de Drac issu du lac du Trièves.

 

La traversée de la partie sud de l'ombilic est une simple hypothèse.

1 = glacier de l'Isère
3 = diffluence par le col de Vence
5 = glacier remontant le Drac
7 = diffluence de la morte
2 = glacier de la Romanche
4 = glacier remontant la Gresse
6 = diffluence de la Mateysine

Parvenu au-dessus de l'ombilic, le glacier de l'Isère (1) était contraint à effectuer un virage brutal à angle droit pour descendre la cluse de l'Isère en direction de Voreppe. Une partie des glaces obliquait toutefois légèrement vers le sud pour gagner les vallées de la Gresse (4) et du Drac (5).

Les eaux de fusion de la rive gauche du glacier de l'Isère, rejointes bientôt par celle du glacier de la Romanche (2), circulant à une centaine de mètres sous la surface, ne pouvaient en faire autant, empêchées qu'elles en étaient par l'obstacle que leur opposait ce dernier glacier. Elle suivaient donc vraisemblablement le chemin indiqué par les flèches jaunes et se retrouvaient plaquées contre l'angle nord-est du Vercors, au Bois des Vouillants.

Il en était de même des eaux issues du lac du Trièves, qui retenait le Drac würmien. Le débit estival de cette rivière était certainement très important, compte tenu de l'importance de son bassin d'alimentation (Bonne, Séveraisse, etc) et de l'apport probable d'une partie des eaux glaciaires de la rive droite de la Durance. Voir à ce sujet la page sur les sillons de Seyssinet-Pariset.

Nous pensons que ce sont ces eaux qui ont dû initier ici l'érosion que nous venons de décrire, poursuivie ultérieurement par l'action du glacier lui-même. A chaque interglaciaire, les écroulements de versant ont dû certainement jouer également leur rôle.

Les versants d'érosion de la vallée du Glandon

Deux derniers exemples et, pour commencer, un versant d'érosion situé à proximité du col du Glandon (Savoie), dont on distingue à droite de la photo la route d'accès versant Maurienne.

Les sillons vallonnés des Fraiches prés du col du Glandon

Les sillons vallonnés des Fraiches se situent sur l'arête qui s'étend du col du Glandon au sommet de l'Ouillon et qui, à gauche de la photo, domine la vallée du torrent du Glandon par un versant d'érosion, bien visible sur cette photo prise depuis la Combe de la Croix. Le fond du vallon le plus élevé se situe à 1994m et il en est de même du sommet du versant d'érosion.

En application de ce qui a été dit à la page sur l'utilisation des repères morphologiques, la surface du glacier lors de la formation de ces sillons se situait quelques dizaines de mètres plus haut.

Ici aussi, par conséquent, le sommet actuel du versant d'érosion se situe quelques dizaines de mètres en dessous de la surface de l'ancien glacier. La page sur l'altitude atteinte par le glacier de l'Eau d'Olle montre que cette altitude de glacier, voisine donc de 2050 mètres, est inférieure à la cote atteinte par l'appareil au maximum de la glaciation, qui est, à cet endroit, de l'ordre de 2280 m.

Il existe en effet, au-dessus de ces sillons des Fraiches, une autre série de sillons vallonnés, portés par le plateau de Bellard. Ces sillons sont les plus élevés dans cette région, ils ont donc été édifiés lors du maximum de la glaciation. Ils sont répertoriés E11 sur le graphique de la page sur l' altitude du glacier de l'Eau d'Olle et fournissent une altitude de surface de glacier de 2230 + 50 = 2280 m.

Les pentes qui, du plateau de Bellard, s'abîment dans les profondeurs de la vallée du Glandon constituent également un versant d'érosion, qui respecte, lui aussi, la règle énoncée ci-dessus.

On notera surtout que ces divers versants d'érosion se situent en face du débouché, sur l'autre rive de la vallée du Glandon, de la très belle vallée glaciaire de la Combe de la Croix.

Versant d'érosion sous le plateau de Bellard

Cette vue permet de mieux comprendre le mouvement des glaces dans les environs du col, et en particulier, de distinguer la position de la Combe de la Croix en face des versants d'érosion.

Les flèches bleues indiquent le sens de déplacements des glaces :

1 = glacier de vallée, provenant de la diffluence des glaces des Grandes Rousses s'écoulant en direction de la Maurienne.

2 = glacier de la Combe de la Croix.

Les flèches bleues pâles montrent l'emplacement des sillons.

La Combe de la Croix en face le col du Glandon
Image sensible au passage de la souris
Il est parfois difficile d'imaginer l'énorme importance que les glaciers quaternaires occupaient dans nos paysages. Dans ce cas précis, voici ce que vous auriez vu, au maximum du Riss (MEG) dans les environs de notre col du Glandon.

 

Le versant d'érosion des Coins (Dévoluy)

Enfin, rendons nous dans le Dévoluy (Hautes-Alpes), pour trouver un exemple à une toute autre échelle.

Situation du versant d'érosion des Coins dans le Dévoluy

Le rebord est du Dévoluy (Hautes-Alpes) allonge, sur plus de 15 km, au dessus de pentes inférieures marno-calcaires tertiaires, sa crête de calcaire sénonien. Les pentes sont uniformes, plus accusées dans les terrains sénoniens que dans les marno-calcaires inférieurs.

Une exception, toutefois : sous la Tête de la Madeleine, un ravinement important, celui des Coins, entame la paroi.

Du point de vue tectonique comme du point de vue lithologie, rien ne justifie l'emplacement, à cet endroit précis, de cette forme d'érosion. Aucun bassin d'alimentation ne domine le ravinement.

Vue d'avion du versant d'érosion des Coins

Le versant d'érosion des Coins dans le Dévoluy

Le glacier würmien du Dévoluy (partie Est)

Le glacier würmien du Dévoluy (partie Est)

On peut remarquer, par contre, que le versant d'érosion se situe exactement en face du débouché du glacier qui collectait les glaces du versant nord de la Montagne de Barges ainsi qu'une partie de celles de la calotte glaciaire du Plateau de Bure et qui était contraint, ici, d'effectuer un coude brutal à 90 degrés vers le Nord-Nord-Ouest.

Ce glacier repoussait contre le versant de la Tête de la Madeleine les glaces et les eaux de fonte du petit glacier descendant du col de Rabou, circulant à une centaine de mètres sous la surface.

L'existence et la position de ce versant d'érosion nous paraissent donc avoir été initiées par l'érosion glaciaire, soit par la glace elle même, soit, plus vraisemblablement, par les eaux de fonte qui couraient contre le versant. Par la suite, bien entendu, les érosions post-glaciaires ont retouché et amplifié l'oeuvre ainsi commencée.


Mise à jour le Mardi, 17 Juillet 2012 08:39