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Altitude atteinte par les glaciers dans...
La vallée du Drac PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Claude Beaudevin   
Vendredi, 15 Octobre 2010 11:46
Version 118
 

En deux mots, cette page comprend :

  • des commentaires sur l'extension des glaciers würmien et rissien dans le bassin du Drac,

  • une carte du glacier würmien du Champsaur,

  • une carte du glacier würmien de la Bonne,

  • une carte du glacier rissien du bassin du Drac,

  • des commentaires sur un certain nombre de sites remarquables des vallées.

 

Dans une page annexe figure un tableau décrivant les sites caractéristiques de ces vallées.

 

NOTE IMPORTANTE

 

Pour permettre le report sur un même graphique de tous les sites quelle que soit leur nature, leurs altitudes ont été majorées (par application des règles exposées à la page  sur l'altitude atteinte par les glaciers) de 50 m pour les sillons vallonnés (SV),les sillons rocheux (SR), les roches moutonnées (RM) et les sommets d'épaulement (SE).

 

N'oublions pas l'effet des mouvements orogéniques et isostasiques.

 

Les altitudes ainsi majorées, indiquées dans la colonne "Alt Glac" du tableau qui figure en page annexe, définissent le niveau maximum atteint par les glaces.

 

Le glacier würmien du Champsaur

Durant le Würm, le glacier du Drac, grossi par la diffluence durancienne qui franchissait le seuil Bayard, a déposé son vallum frontal à Saint Eusèbe, à 1020 m d'altitude [G.Monjuvent, 1978]. La surface pléniglaciaire calculée par la formule à partir de ce vallum frontal se raccorde bien à celle de la selle glaciaire du col Bayard : 1500 m d'altitude au stade durancien du Grand Bois (voir la page sur la vallée de la Durance). De nombreux dépôts glaciaires (enduits morainiques ou moraines elles-mêmes) ont été conservés sur les deux rives du Drac, entre ce vallum et la confluence du Drac Blanc et du Drac Noir ; leur situation fournit une confirmation correcte de la validité de la formule, tant que la largeur de la vallée reste supérieure à 4 km, c'est-à-dire en aval de Pont du Fossé.

La diffluence de la Durance vers le Drac au Würm
Image sensible au passage de la souris

Ces dépôts se situent tous en effet à quelques dizaines de mètres sous la surface calculée, légère différence d'altitude peut-être due au fait que le stade du Grand Bois n'a pas duré assez longtemps pour marquer durablement le paysage. Ils appartiendraient alors au stade du Poët. La diffluence durancienne passant à l'est du Puy de Manse par le Collet (1425 m) emportait au passage, avant de rejoindre le glacier du Drac, le petit appareil local de la Rouanne au débouché de la vallée d'Ancelle. À la jonction des trois glaciers - Drac, Rouanne et diffluence durancienne - le bassin d'Ancelle était alors rempli de glace jusqu'à une cote que le calcul permet d'estimer à 1550 m (Grand Bois) ou 1500 m (Poët) et aucun dépôt ne pouvait, à ce moment, se produire à l'emplacement où allait s'édifier, un peu plus tard, la belle moraine de Coste Longue.

Selon ce schéma, celle-ci qui, rive gauche du Drac, culmine à 1421 m, s'est donc déposée pendant la décrue glaciaire, après cessation de la diffluence durancienne. Ceci explique le fait, déjà remarqué par G. Monjuvent, que l'altitude de ce dépôt est inférieure à celle, calculée, de la surface de l'appareil würmien au pléniglaciaire.

Le calcul de la surface du glacier, effectué pour différentes positions de son front lors de la décrue, montre en effet que la moraine de Coste Longue s'est déposée sensiblement au moment où la glace cessait de franchir le Collet (les altitudes de ces deux points sont d'ailleurs les mêmes). L'extrémité du glacier se situait à ce moment aux environs de Saint-Laurent-du-Cros, 18 km en amont du vallum frontal de Saint Eusèbe.

Le glacier würmien de la Bonne

Les anciens lacs du Beaumont et du Champsaur

Le glacier würmien de la Bonne et les anciens lacs du Beaumont et du Champsaur.

Pour plus de détails concernant ces lacs et le débouché de ce glacier dans la vallée du Drac, on pourra se reporter aux pages sur le lac du Beaumont et sur le versant d'érosion du Bois Ribay.

L'extension maximum des deux dernières glaciations dans le bassin du Drac

Le bassin du Drac et tout particulièrement le Trièves constitue une région particulièrement intéressante pour deux raisons :

  1. C'est un des rares domaines où les vestiges glaciaires peuvent être, en toute certitude, datés de la phase d'extension maximum des deux dernières glaciations (MGM). En effet on sait [G. Monjuvent, 1978] qu'à cette époque, une diffluence du glacier durancien empruntait le seuil Bayard et que, renforcée plus en aval par les apports des appareils issus du sud du massif du Pelvoux (Drac, Séveraisse, Bonne, Malsanne), elle rejoignait le glacier de l'Isère à Grenoble. Au Würm, par contre, le Trièves était libre de glaces et occupé par un lac dont la surface s'établissait à 750 m environ.

  2. Il est donc possible d'apprécier dans quelle mesure des formes aussi anciennes ont pu subsister jusqu'à nos jours.

A cet égard, on portera une attention particulière aux deux ravines d'épaulement qui prennent naissance quelques dizaines de mètres au-dessus de la ferme des Bruyères (WGS 84 31T 723000/4981400, altitude 1343 m), au-dessus de Nantes-en-Ratier. Ce sont les témoins très probables d'un stationnement du glacier sur le petit épaulement situé un peu plus au sud, car, d'une part, ces ravines ne disposent pas d'un bassin d'alimentation susceptible de collecter les eaux pluviales et d'autre part, elles prennent naissance exactement à l'altitude que nous affectons au glacier rissien (voir la carte ci-dessous). Le site de ces ravines d'épaulement est remarquable, car leur origine rissienne est certaine. Compte tenu de leur état de conservation, il est difficile de penser qu'elles puissent être plus anciennes.

Ces vestiges, de quelques dizaines de mètres seulement en dimensions transversales, mais de plusieurs centaines de mètres de longueur, ont donc survécu à l'interglaciaire Riss-Würm ainsi qu'au Würm lui-même - non englacé ici toutefois - ce qui peut paraître étonnant. On peut simplement penser qu'ils ont été entretenus par les eaux de fonte des neiges würmiennes, alors que le pergélisol régnait ici en maître. La même remarque peut être effectuée au sujet du site BD26, un sommet d'épaulement situé sur l'arête nord du petit chaînon du Château Vert, qui domine Gresse (Isère). Ce site est particulièrement intéressant pour deux raisons :

    • tout d'abord par le fait qu'à ce sommet d'épaulement prennent naissance deux ravines d'épaulement très spectaculaires, larges de 10 à 20 m, profondes d'une dizaine de mètres et dont les flancs sont très inclinés.

      Ces ravines descendent vers le nord dans la forêt, position qui dénote leur formation par des eaux issues d'un glacier provenant de l'est. Aucun bassin d'alimentation ne les domine.

    • en second lieu, on notera que, comme les ravines de la ferme des Bruyères décrites ci-dessus, celles-ci ont conservé la fraîcheur de leur modelé d'origine, en dépit des millénaires écoulés.

Entre les niveaux du pléniglaciaire, 1650 m environ au seuil Bayard (voir la page sur la vallée de la Durance) et 1310 m au-dessus de la cuvette grenobloise [G. Monjuvent, 1978], les sites que nous avons pu observer dans le Trièves et les vallées adjacentes nous ont permis de tracer un schéma probable de circulation des glaces dans cette région.

Les pentes de la surface sont partout bien inférieures à celles que fournirait la formule, appliquée à un glacier dont le vallum terminal se situait dans la vallée de l'Isère à 56 km en aval de Grenoble, à l'altitude de 250 mètres [G. Monjuvent, 1978] et, ce, en dépit de la grande largeur de la vallée qui permettrait son application. Il ne faut pas s'en étonner car la surface d'un glacier n'obéit à la formule que si sa langue terminale est libre de fixer sa position, ce qui est le cas d'un appareil pouvant circuler librement dans une vallée suffisamment large. Si, par contre, il rejoint un autre glacier qui lui impose son altitude terminale, la formule ne s'applique pas.

Ici les altitudes étaient fixées par le glacier de la Durance (1650 m au seuil Bayard) et celui de l'Isère (1310 m sur Grenoble). Entre ces deux points la pente moyenne de 0,4 % suffisait, dans une vallée de grande largeur (8 à 16 km) à évacuer le flot de glace relativement réduit provenant de la diffluence durancienne grossie des affluents peu importants du sud du massif du Pelvoux. Quant à la maigre diffluence qui empruntait, au-delà du col de la Croix-Haute, la vallée du Buëch et qui venait mourir 4,5 km plus loin au hameau des Mièlons [G. Monjuvent, 1978], elle n'affectait que très faiblement le mouvement des glaces dans le Trièves.

On ne peut manquer d'être frappé par la différence dans le volume des glaces qui remplissaient le bassin du Drac au LGM (Riss ou Würm très ancien, ainsi que nous le verrons un peu plus loin) et au LGM (Würm récent) : au MGM, le bassin était occupé par un glacier important, dont l'épaisseur variait de 400 m au seuil Bayard à plus de 1000 mètres sur Grenoble, alors qu'au LGM la vallée était libre de glace et occupée par des lacs.

Certes, la dernière glaciation a été moins importante que la précédente, mais cette différence ne se traduisait cependant que par une baisse relativement modérée du niveau des glaces sur le seuil Bayard : 1550 m au lieu de 1650 m.

Extension des glaciers du Drac au MGM

La surface du glacier est représentée en bleu.

Les glaciers affluents (Bonne, Séveraisse, Dévoluy, etc) ne sont pas représentés.

Les flèches figurent le mouvement des glaces.

Les tiretés en gras représentent les lignes du relief masquées par la glace et les pointillés les courbes de niveau de la surface des glaciers.

Toutefois, il faut être conscient que ce terme MGM s'applique au maximum atteint lors du Riss. Il ne concerne pas les glaciations antérieures à celui-ci, ainsi que nous le verrons dans une version ultérieure de ce site.

A noter que les altitudes figurant sur cette carte, étant directement dérivées de celles des sites témoins, ne prennent pas en compte de possibles mouvements verticaux dus à la tectonique et au relèvement glacio-isostatique. Bien que plus réduits que ceux engendrés lors des glaciations plus anciennes, leur existence nous paraît assez probable.

Les sites caractéristiques ci-dessous, vallées affluentes du Drac, sont décrits plus en détail dans leurs pages respectives :

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Mise à jour le Vendredi, 09 Octobre 2015 10:01