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Les érosions de versant d’origine glaciaire PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Claude Beaudevin   
Mercredi, 13 Octobre 2010 18:08
Version 135 du 13 octobre 2011

Les flancs des vallées présentent parfois localement des parties en pente soutenue plus ou moins raide, souvent ravinées, les versants d'érosion. Ces formes d'érosion sont parfois imputables à l'action d'une rivière décrivant un méandre et, dans ce cas, elles se situent sur la rive concave du méandre.

Un méandre du Neckar, aux environs de Stuttgart

Voici par exemple un tel versant dans la concavité d'un méandre du Neckar, aux environs de Stuttgart. Il s'agit là d'un versant d'érosion de méandre, exposé au sud et occupé par un vignoble qui fournit des vins blancs excellents... encore qu'un peu chers.

 

Mais, en montagne, on rencontre parfois, essentiellement dans les roches peu résistantes à l'érosion, telles que les schistes, des versants d'érosion dont l'origine n'est pas évidente : ils ne dominent pas un méandre de rivière et ne sont pas surmontés par un entonnoir d'alimentation susceptible d'avoir collecté les eaux pluviales. En d'autres endroits, ces versants d'érosion prennent la forme de falaises dont l'origine est tout aussi peu explicable. Nous pensons que les glaciers ont joué souvent un rôle important dans la formation des versants d'érosion, rôle complété ultérieurement, bien entendu, par l'érosion postglaciaire.

Bien entendu, tous les ravinements que l'on peut observer sur les flancs des montagnes ne peuvent être imputés aux actions glaciaires. Il en existe par exemple dans les Alpes du Sud, en des lieux qui n'ont jamais été englacés, beaucoup d'entre eux étant alors l'œuvre de l'érosion régressive.

Nous allons décrire quelques cas où l'action des glaciers nous paraît très probable, en débutant par un cas d'école, celui des versants d'érosion de l'ombilic du Bourg d'Oisans (Isère).

Versants d'érosion de l'ombilic du Bourg d'Oisans La plaine du Bourg d'Oisans, un ombilic glaciaire, s'étend entre deux parois aux pentes soutenues, tournant même aux falaises dans le granitequi forme sa partie sud-est. En trois endroits, ces parois sont rongées de ravinements :
  1. ceux de la Côte Alamèle, repérée 1 sur la carte,

  2. repérés 2, les ravinements du Bout du Monde, qui menacent directement le Bourg d'Oisans,

  3. enfin, repérés 3, ceux de la Côte du Seignet.

De plus, dans la vallée voisine de la Lignarre, descendue du col d'Ornon, un ravinement analogue (4) marque le versant de la vallée sous le col de la Buffe.

 

Ce type d'érosion affecte tout un versant, tel celui de Côte Alamèle, dans la vallée du Bourg-d'Oisans (Isère), qui s'élève jusqu'à la cote 1898, c'est-à-dire, à quelques dizaines de mètres près, l'altitude du glacier rissien de la Romanche.

Le ravinement de Côte Alamèle...

Le ravinement de la Côte Alamèle au Bourg d'Oisans

Nous attribuons la formation des versants d'érosion glaciaires à la circulation des eaux glaciaires et de la glace repoussées contre le versant par l'arrivée, sur le côté opposé de la vallée, d'un glacier affluent ou encore par l'appui compressif du glacier contre une paroi gênant sa progression.

Le ravinement du Bout du Monde...
Le ravinement du Bout du Monde au Bourg d'Oisans
 
... la Côte du Seignet...
Le ravinement de la Côte du Seignet au Bourg d'Oisans
 
... et enfin, le col de la Buffe. Le ravinement du col de la Buffe près du col d'Ornon

Cette vue Google Earth situe ces différents ravinements dans l'ombilic du Bourg d'Oisans.

Les différents ravinements de l'ombilic du Bourg d'Oisans

Voir avec Google Earth (coordonnées : 45°03'22" N, 6°01'46" E)

(Si Google Earth n'est pas installé sur votre poste, suivez la procédure indiquée ici)

Sur la carte qui précédait, nous avons porté, outre le tracé des rivières actuelles, celui des glaciers du MEG, le maximum glaciaire antérieur au Würm, c'est-à-dire le Riss (les glaciations plus anciennes n'ayant laissé ici, semble-t-il, que peu de témoins identifiables).

L'examen du paysage et des cartes permet de noter trois particularités de ces versants d'érosion :

  1. En premier lieu, il s'agit bien d'une érosion qui s'est attaquée à tout un versant et non seulement une partie étroite de celui-ci. Ceci pour distinguer cette érosion d'autres formes plus linéaires : ravines, ravins et chalanches, qui seront étudiées dans une autre page,

  2. En second lieu, aucun versant n'est dominé par un entonnoir de réception susceptible d'avoir collecté les eaux météoriques en quantité suffisante pour expliquer sa formation.

  3. En troisième lieu, on note qu'ils se situent tous en face du débouché de vallées affluentes :

    • la Côte Alamèle en face de la vallée de la Lignarre,

    • le Bout du Monde en face de la vallée de la Sarenne, qui draine la partie sud du massif des Grandes Rousses,

    • la Côte du Seignet en face des vallées provenant du Grand Rochail,

    • la Buffe/Ornon en face de la vallée de Villard-Reymond.

 

Enfin, une dernière remarque concerne l'altitude de leurs sommets :

    • Le glacier rissien, ainsi qu'il résulte de nos études résumées à la page sur l'altitude de surface du glacier de la Romanche, s'élevait, au pléniglaciaire, à 1900 mètres à son entrée dans l'ombilic et à 1850 mètres sur Bourg d'Oisans.

On voit donc que, dans les cas 1 à 3 ci-dessus, tous les sommets des versants d'érosion se situent quelques dizaines de mètres sous la surface du glacier rissien. Nous verrons, au bas de cette page, que le mode de formation des versants d'érosion que nous proposons permet d'expliquer ces trois particularités. Le versant d'érosion de la Buffe (repéré 4) semble toutefois faire exception : il culmine à 1780 m, nettement plus bas que l'altitude du glacier rissien de la Lignarre, qui s'élevait à 1850/1900 m environ. Cette exception n'est qu'apparente, elle conforte au contraire la règle, on peut s'en assurer ici : les versants d'érosion d'Ornon.

La vallée de l'Eau d'Olle, affluent de la Romanche sur sa rive droite en aval de Bourg-d'Oisans, présente un certain nombre de versants d'érosion, certains d'entre eux assez remarquables. Voir à ce sujet la page sur les versants d'érosion de l'Eau d'Olle. On trouvera à la page sur d'autres versants d'érosion glaciaires, des exemples de cette forme de relief plus spectaculaires encore.

 


 

Ce sont ces trois particularités :

  1. absence, au-dessus des versants d'érosion, de bassins de réception susceptibles d'avoir collecté les eaux météoriques,

  2. situation des versants d'érosion en face du débouché des vallées affluentes,

  3. altitude des sommet des versants d'érosion voisine de celle de la surface des glaciers

qui nous incitent à penser que ces formes d'érosion ont bien une origine glaciaire.

Mais comment les glaciers agissaient-il ? La réponse à cette question devra permettre d'expliquer ces diverses particularités. Un élément de réponse va nous être fourni par l'étude de deux versants d'érosion situés sur le cours du Drac, prés de La Mure (Isère), celui du Bois Ribay et celui des Arssays, où le rôle joué par les eaux latérales est évident. Nous ne donnerons ici que les conclusions de cette étude, renvoyant le lecteur, pour plus de détails, à la page sur les versants d'érosion de la basse vallée de la Bonne.

Il résulte de l'étude de ces deux versants d'érosion du Bois Ribay et des Arssays que l'on peut attribuer l'initiation de leur formation à l'action des eaux latérales du glacier. On conçoit l'intérêt tout particulier que présentent ces deux versants d'érosion :

  • La présence d'écoulements d'eau contre la paroi y est indiscutable, alors que dans d'autres cas, elle n'est hypothétique,

  • Leur altitude de départ - tout au moins dans la cas du Bois Ribay - est connue.

De ce fait, l'existence de ces deux versants d'érosion vient conforter notre opinion selon laquelle l'initiation de la formation de tels versants d'érosion glaciaires est due à l'érosion par les eaux glaciaires latérales. Une disposition analogue se rencontre d'ailleurs actuellement dans le Val Veni (Val d'Aoste), où la langue terminale du glacier du Miage italien retient le lac Combal.

Généralisons à présent cette constatation : dans le cas du versant d'érosion du Bois Ribay, le cours du Drac, qui constituait l'exutoire du lac du Beaumont, était rejeté contre la rive gauche de la vallée par l'afflux des glaces du glacier de la Bonne. C'est là en effet que les altitudes de la glace et des moraines étaient les plus basses. Nous pensons qu'il est possible de généraliser cette remarque à d'autres versants d'érosion glaciaires, là où des glaciers affluents débouchaient du versant opposé de la vallée.

Revenons à présent au cas des versants d'érosion de la vallée du Bourg d'Oisans, présentés au début de cette page. Ici, la glace remplissait toute la vallée. Nous sommes dans un deuxième cas de figure, celui où des glaciers affluents rejoignaient un appareil de vallée. Nous pensons que la surface du glacier de vallée devait alors présenter une pente transversale du fait de l'apport du glacier affluent, pente telle que la totalité des eaux glaciaires - qui coulent, nous l'avons dit, le long des rives, 100 à 150 m sous la surface - se trouvait alors reportée sur la rive opposée au glacier affluent.

En appliquant ce qui précède, il nous paraît donc possible, dans ce deuxième cas de figure, d'imputer la formation des versants d'érosion glaciaires à l'action de ces eaux glaciaires, repoussées contre la rive opposée par les glaciers affluents.

Reste une particularité à souligner, peut-être la plus remarquable, qui pourra nous amener à des conclusions d'un grand intérêt : souvent, les érosions de versant culminent quelques dizaines de mètres en-dessous des crêtes. Compte tenu de l'érosion régressive qui s'est exercée sur ces versants depuis qu'ils ont été désertés par les glaces, on peut d'ailleurs penser que ces quelques dizaines pouvaient alors friser la centaine. Ceci s'applique, par exemple, aux versants d'érosion de la vallée de Bourg d'Oisans, ainsi qu'on peut le voir sur les photos ci-dessus, mais aussi, entre beaucoup d'autres et de manière particulièrement remarquable, à ceux de l'Échine de Praouat (Isère) et du Crêt d'Ornon (Savoie). On trouvera une étude détaillée de ces deux échines à la page les échines de Praouat et du Crêt d'Ornon.

Pourquoi ces érosions de versant s'arrêtent-elles ainsi quelques dizaines ou une centaine de mètres sous les crêtes ?

 

Mais auparavant, soulignons que cette particularité permet de réfuter la responsabilité de l'érosion régressive dans l'initiation de la formation des versants d'érosion. Comment l'érosion régressive, qui progresse de bas en haut, aurait-elle "eu connaissance" de l'approche d'une crête ?

Alors que, nous allons le voir, l'érosion par les eaux glaciaires explique parfaitement cette particularité, l'érosion postglaciaire étant responsable seulement d'une retouche finale.

 

Nous avons dit que, selon nous, la formation des versants d'érosion glaciaires avait été initiée par des circulations d'eaux glaciaires coulant contre les rives, 100 à 150 m sous la surface du glacier. Mais pourquoi cette surface se situait-elle si fréquemment aux environs des crêtes ? Tout cela s'éclaire - mais en ouvrant la porte à des discussions intéressantes - si on renverse le sens de la question et si on se demande : « Pourquoi les crêtes dépassent-elles souvent de quelques dizaines de mètres le sommet des versants d'érosion » ?

La réponse peut être la suivante :

  1. les crêtes en question avaient été modelées par des glaciations antérieures au Riss et plus importantes que lui. Le niveau des glaces étant alors plus élevé, les glaciers franchissaient les reliefs latéraux, là où leur altitude le leur permettait, en y façonnant, 100 mètres ou plus sous la surface du glacier, des épaules et des seuils, au sens où nous l'entendons à la page sur les épaules et les seuils,

  2. puis, le Riss survenant, avec un niveau des glaces inférieur, les eaux glaciaires sont demeurées à l'intérieur de la vallée et ont initié les versants d'érosion selon le schéma décrit ci-dessus. Il est également possible que ces glaciations anciennes n'aient pas été beaucoup plus importantes que le Riss, mais que le relief ait été moins élevé que de nos jours, les mouvements orogéniques n'ayant pas encore joué à plein,

  3. Dans les versants, les eaux glaciaires des glaciations suivantes, en particulier le Würm, ont ensuite creusé les versants d'érosion dont il est question dans cette page.

Signalons, pour être complet, que l'on observe parfois des versants d'érosion dans les tronçons concaves de certaines vallées, culminant à des altitudes voisines de celle des glaciers qui les occupaient et en l'absence d'affluents. La cause nous paraît pouvoir résider, ici aussi, dans l'afflux des eaux glaciaires contre cette rive, dû à une pente transversale de la surface glaciaire.

La page sur d'autres versants d'érosion nous conduira maintenant du Bugey au Dévoluy, en passant par Grenoble et le col du Glandon (rude étape pour le Tour de France !).


Mise à jour le Jeudi, 16 Août 2012 09:58