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Altitude atteinte par les glaciers dans...
La vallée de la Durance et ses affluents PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Claude Beaudevin   
Mardi, 21 Septembre 2010 17:46
Version 109

 

En deux mots,

Cette page comprend :

  • deux graphiques donnant l'altitude de la surface des glaciers de la Durance et de ses affluents,

  • deux tableaux décrivant les sites caractéristiques de ces vallées,

  • des commentaires sur un certain nombre de ces sites particulièrement remarquables,

  • une carte des environs du col de l'Echelle (Vallée de la Clarée).

 

Une page spécifique traite des environs de Gap.

 

NOTE IMPORTANTE

 

Pour permettre le report sur un même graphique de tous les sites quelle que soit leur nature, leurs altitudes ont été majorées (par application des règles exposées à la page  sur l'altitude atteinte par les glaciers) de 50 m pour les sillons vallonnés (SV), les sillons rocheux (SR), les roches moutonnées (RM) et les sommets d'épaulement (SE).

 

N'oublions pas l'effet des mouvements orogéniques et isostasiques.

 

Les altitudes ainsi majorées, indiquées dans la colonne "Alt Glac" des tableaux définissent le niveau maximum atteint par les glaces.

 

La courbe "Würm calculé" est obtenue par application de la formule de Nye-Lliboutry, en prenant en compte une origine située quelques kilomètres au nord de Sisteron, à l'altitude de 570 m.

 

Le glacier de la vallée de la Durance

Le graphique ci-dessous regroupe les différents points caractéristiques de la vallée de la Durance.

Glacier de la Durance : distance au vallum frontal würmien

Il convient de garder à l'esprit que la courbe doit être considérée comme joignant entre eux les points représentatifs des sites caractéristiques les plus élevés - c'est leur enveloppe, au sens mathématique du mot - et non comme une moyenne entre tous les points figurant sur le graphique.

Dans ces conditions, on voit que les points représentatifs des sites caractéristiques les plus élevés de la Durance (D, marqués en rouge) se placent correctement par rapport à la courbe calculée à l'aide de la formule de Nye-Lliboutry jusqu'à Saint-Martin-de-Queyrières, où la vallée présente une étroiture. On peut voir également qu'en amont du confluent avec l'Ubaye, aucune variation de pente de la surface glaciaire n'est décelable.

Sites caractéristiques de la vallée de la Durance

Les sites sont repérés D. L'origine des distances se situe à 7 km en amont de Sisteron, à l'altitude 570m.

La Durance et ses affluents 

 

Légende du tableau

 

Rep

Site

Alt (m)

Alt glac (m)

Type

Nb

Larg (km)

Pente (%)

Dist (km)

Carte TOP25

Carte géol

Coordonnées WGS84

D1

Forêt du Méale

1820

1820

Mor

-

-

-

76

3438ET

Embrun

32T 306400 4935300

D2

Prè Clos

1830

1830

Mor

-

-

-

77

3438ET

Chorges

32T 298700 4941000

D3

Les Eymars

1880

1880

D

-

-

-

92

3537ET

Guillestre

32T 307300 4951800

D4

Les Eymars

1860

1960

SRE
SVE

6

0,6

7

92

3537ET

Guillestre

32T 306900 4951500

D5

Bois du Bouchet

1880

1980

S

3

0,4

Hor

96

3437ET

Guillestre

32T 306200 4954300

D6

Col des Combes

1630

1680

SVD

4

0,5

Hor

99

3437ET

Guillestre

32T 305200 4957300

D7

Mamelons de la Séa

1947

2047

SRD
SVD

11

2,3

1,5

104

3437ET

Guillestre

32T 303500 4960600

D8

Lac des Serres

1950

2050

SRD

3

0,4

Hor

108

3536OT

Briançon

32T 310400 4966600

D9

Serre de Guigou

1620

1670

SVE

-

-

-

110

3536OT

Briançon

32T 307800 4968000

D10

Ratière

2000

2000

D

-

-

-

113

3536OT

Briançon

32T 308100 4971300

D11

Le Mélèzin

2150

2150

D

-

-

-

115

3536OT

Briançon

32T 313400 4969600

D12

Les Demoiselles du Merdanel

1950

1950

D

-

-

-

94

3537ET

Guillestre

32T 313900 4954100

D13

Cabane du Jas

1615

1615

D

-

-

-

63

3438ET

Chorges

32T 291200 4930300

D14

Cabane du Jas

1600

1720

RA

-

-

-

63

3438ET

Chorges

32T 291200 4930300

D15

Clot la Cime

1570

1570

VE

-

-

-

47 selon Durance

3438ET

Seyne

32T 283400 4924800

D16

Montagne St Maurice

1360

1480

RA

-

-

-

38 selon Durance

3338ET

Chorges

32T 273000 4928800

D17

Combe Longe

1500

1500

D

-

-

-

51 41 selon Durance

3338ET

Chorges

32T 277700 4930700

 

le glacier würmien de la Durance

On sait [Gidon et al, 1991] qu'il ne subsiste, dans le lit de la Durance, aucune trace du vallum frontal du maximum glaciaire würmien (stade du Grand-Bois) , qui devait se situer quelques kilomètres au nord de Sisteron (altitude estimée du front du glacier = 570 m). Ultérieurement, un stationnement prolongé un peu plus en amont nous a légué le beau vallum frontal du Poët.

Ainsi que le montre le graphique précédent, la formule s'applique très correctement dans la vallée, au moins jusqu'au rétrécissement de Saint-Martin-de-Queyrières. Ceci n'a rien d'étonnant, dans une vallée aussi large (10 km, avec seulement deux rétrécissements à 3 et 4 km). La formule montre qu'à Gap, les glaces atteignaient 1450 m au stade du Grand Bois et 1400 m à celui du Poët. Au nord de cette ville la diffluence du glacier au-dessus du col Bayard se traduisait par l'existence d'une selle glaciaire vers 1500 m d'altitude au stade du Grand Bois et 1450 m à celui du Poët. L'examen des moraines dans les environs de Gap confirme plutôt cette altitude de 1450 m [Gidon et Monjuvent, 1969]. On peut par ailleurs remarquer que le glacier würmien n'est jamais passé par le col de Moissière (1571 m) où subsistent des dépôts glaciaires rissiens.

Une autre branche du glacier empruntait la vallée de la Durance par Rémollon, trajet plus court de 7 km que celui passant par Gap. Ici la vallée est plus étroite (1,5 à 2 km) et les effets de paroi se faisaient sentir, majorant la pente de surface du glacier par rapport à ce qu'indiquerait la formule. Nous avons donc utilisé, pour appliquer celle-ci, les distances mesurées en suivant le sillon de Gap et non la vallée de la Durance elle-même, ainsi que nous y autorisent d'ailleurs les recoupements que l'on peut effectuer avec l'altitude des sites caractéristiques situés plus en amont.

Plus de détails sur cette région particulièrement intéressante sont indiqués dans la page sur les environs de Gap.

C'est ainsi que, rive droite de la Durance, au-dessus d'Embrun, une petite moraine latérale porte la cabane forestière de Pré Clos à l'altitude de 1830 m (site D2), soit exactement la cote que donnerait la formule appliquée à un glacier ayant sa langue terminale au Grand Bois, à 7 km en amont de Sisteron, les distances étant mesurées le long du sillon de Gap. Une autre confirmation de la validité de l'application de la formule est fournie par l'existence, sur la rive opposée de la Durance, d'une moraine latérale à l'entrée de la vallée de Crévoux, dans la forêt du Méale (site D1). Comme celle de Pré Clos, elle est située dans un site protégé et son altitude est, à 10 m près, celle prévue par la formule (1820 m).

On voit que, jusqu'à Saint-Martin-de-Queyriéres, les points du graphique - marqués en rouge - se placent remarquablement bien par rapport à la courbe déduite de la formule - la vallée présente en effet partout une largeur suffisante - et que les vallonnements du col des Combes (site D6), se sont formés lors d'un stade de retrait. Plus en amont, les dépôts du Mélèzin (site D11) se situent un peu au-dessus de l'altitude calculée, sans doute à cause d'une zone à effet de paroi vraisemblable à Saint-Martin-de-Queyrières où la largeur de la vallée s'abaisse à 2,5 km. À Briançon, l'altitude du glacier würmien devait être égale ou légèrement supérieure à 2150 m.

 

L'extension maximum du glacier rissien dans la vallée de la Durance

Il ne reste aucune trace du vallum frontal de ce glacier dans la vallée même de la Durance, et, en l'absence de crêtes morainiques bien marquées, il n'est pas possible de connaître de façon certaine le niveau du glacier. Une détermination approchée est cependant possible, grâce à quelques dépôts glaciaires qui subsistent :

  • au col de Moissière, près du col Bayard (altitude maximum des dépôts 1750 m),

  • à Jubi, sur le versant sud de la montagne de Saint-Genis, à 800 m d'altitude,

  • au-dessus du col de Faye (versant nord de la même montagne), à 1030 m,

  • à Clamensane (près de la Motte-du-Caire), à 830 m [Gidon et al. 1991].

Les vallées sont partout assez larges pour que l'on puisse utiliser la formule, mais l'altitude exacte du front du glacier nous est inconnue. Nous avons cependant tenté un essai de reconstitution de la surface glaciaire compatible avec la situation de ces quatre dépôts et avec ce que nous connaissons de l'avancée maximum du glacier du maximum dans les vallées affluentes. La solution qui nous semble la plus vraisemblable est la suivante :

  • la moraine frontale du glacier de vallée devait se situer entre le confluent Bléone-Durance et Château-Arnoux, à une altitude de 500 à 550 m. La formule donne alors pour cote de surface du glacier rissien à Gap 1650 m, soit 200 m au-dessus de celle du glacier würmien, chiffre plausible compte tenu de la relative proximité du vallum frontal.

    Cette altitude est parfaitement compatible avec la présence d'un épaulement, contrefort de l'arête de Charance, entre le col de Gleize et celui de Guizière. Les coordonnées du sommet de cet épaulement sont 0266400/ 4943350 et son altitude est de 1590 m.

Selon la règle appliquée dans ce site, le glacier s'élevait donc à quelques dizaines de mètres au-dessus de ce sommet, soit à une altitude de l'ordre de 1640 m.

 

Reste à déterminer lors de quelle glaciation les glaciers ont atteint cette extension maximum. L'ensemble de la documentation existante attribue cette extension maximale au Riss et c'est l'option que nous avions prise dans les éditions précédentes de cette page.

Il semble toutefois, sur la base des récents travaux de Gilles Brocard (2003), qu'une autre interprétation soit possible et que les sites qui figurent sur les tableaux et sur la carte ci-dessus puissent être datés d'un Würm ancien, entre 60 et 75 ka. Le lecteur intéressé pourra se reporter à la pagesur les glaciation responsable du modelé glaciaire.

Les glaciers des affluents de la Durance

Glacier de la Durance et de ses affluents : distance au vallum frontal würmien

 

Les sites caractéristiques des affluents, repérés DA, sont moins instructifs que ceux de la Durance elle-même ; ils se situent au-dessus de ceux de la vallée principale, ce qui est normal, les pentes des glaciers affluents étant toujours plus élevées que celle du glacier principal, car ils circulent dans des vallées moins larges.

 

Sites caractéristiques des affluents de la Durance

Les sites sont repérés DA. L'origine des distances se situe à 7 km en amont de Sisteron, à l'altitude 570m.

Légende du tableau

 

Rep

Site

Alt (m)

Alt glac (m)

Type

Nb

Larg (km)

Pente (%)

Dist (km)

Carte TOP25

Carte géol

Coordonnées WGS84

DA1

Pré Rouge (Fournel)

2006

2056

SVD

3

0,3

Hor

108

3437ET

Guillestre

32T 301500 4964300

DA2

Les Têtes (Gyronde)

2020

2120

SRD

6

0,5

Hor

110

3437ET

Guillestre

32T 304500 4963500

DA3

Rocher Deseur (Clarée)

2100

2200

S

1

-

Hor

124

3536OT

Briançon

32T 318700 4978000

DA4

Tête Noire (Clarée)

2250

2350

SRD

SVD

7

1,2

8

135

3535OT

(Névache)

32T 314400 4990100

DA5

Les Thures (Clarée)

2030

2030

D

-

-

-

134

3535OT

(Névache)

32T 313800 4990000

DA6

Côte Névachaise (Clarée)

2271

2320

Can

-

-

-

133

3535OT

(Névache)

32T 315900 4989400

DA7

Côte Névachaise (Clarée)

2240

2290

SVD

-

-

Hor

133

3535OT

(Névache)

32T 316400 4988600

DA8

Vallon de Fouran (Couleau)

2240

2290

SVD

3

0,2

Hor

85

3437ET

Guillestre

32T 301550 4948450

DA9

Sous la Latte
Cote 2139 (Guisane)

2120

2170

SVD

1

0,2

Hor

134

3436ET

(Névache)

32T 301900 4986650

DA10

Epaule sud de Roche Robert (Guisane)

2240

2290

RM

D

-

-

-

136

3436ET

(Névache)

32T 301900 4989050

DA11

Planes du Dégoulou (Petit Tabuc)

2490

2490

D

-

-

-

137

3436ET

(Névache)

32T 298450 4984450

DA12

Les Clochettes (Guisane)

2220

2270

RM

-

-

-

140

3436ET

La Grave

32T 296000 4989900

DA13

La Marionnaise (Guisane)

2050

2100

SVD

>5

0,35

8

140

3436ET

La Grave

32T 296000 4990800

DA14

Col de la Cayolle

2338

2438

SRD

>5

0,3

Hor

108

3540OT

Allos

32T 320000 4903000

DA15

Col du Morgonnet

1606

1656

SVD

1

0,1

Hor

60

3438ET

Chorges

32T 291700 4929800

DA16

Col du Morgonnet

1606

1606

D

-

-

60

3438ET

Chorges

32T 291700 4929800

DA17

Sur Dessoubre l'Oure

2180

2230

SE

-

-

-

133

3436ET

(Névache)

32T 302400 4986100

DA18

Roche Chevalier

2140

2190

SV

1

-

-

132

3436ET

(Névache)

32T 303100 4985500

DA19

Epaule sud
Sommet de Guiau

2360

2410

SE

-

-

-

132

3535OT

(Névache)

32T 316800 4987300

 

La Guisane

En amont de Briançon, il devient difficile de déterminer quelle est la glaciation responsable des formes rencontrées : les vallées deviennent trop étroites pour que la formule puisse s'appliquer et les moraines susceptibles d'être datées font défaut. Notons toutefois que, à plus de 100 km des fronts glaciaires, les altitudes des surfaces des glaciers rissien et würmien devaient, ainsi que nous l'avons dit, être assez peu différentes.

Dans les vallées de la Guisane et de son affluent le Petit Tabuc, les sites que nous avons pu identifier, joints à ceux de la Haute Romanche, nous permettent de penser que la selle glaciaire du col d'Arsine émettait, ainsi que nous l'avons dit, deux flots de glace :

  • l'un d'eux rejoignait la vallée de la Guisane par le Petit Tabuc,

  • le second, qui suivait le cours de la Romanche, envoyait lui-même, par le col du Lautaret, une diffluence en direction de la Guisane.

Les environs du col du Lautaret

Les environs du col du Lautaret

La différence des altitudes des sites sur les deux versants du col du Lautaret laisse à penser qu'au Riss ainsi qu'au début du Würm, l'altitude du col était nettement supérieure à sa valeur actuelle. Lors de la dernière décrue glaciaire la diffluence du Lautaret, qui n'intéressait que la partie supérieure du glacier de la Romanche, a logiquement pris fin assez rapidement, alors que les glaciers de vallée étaient encore assez actifs. Ceci permet d'expliquer deux particularités du relief local :

  • le faisceau de sillons vallonnés de la rive droite du vallon de Roche Noire, au-dessus de la galerie de la Marionnaise (site DA13). La fin de la diffluence du Lautaret, marquée par le façonnement du vallon du col à 2057 m a permis l'établissement de ces sillons de la Marionnaise, situés à la même altitude, par un processus un peu semblable à celui qui a créé la moraine de Coste Longue (Haute vallée du Drac) après que la diffluence de l'appareil durancien par le Collet ait pris fin.

Les sillons de la Marionnaise

Les sillons de la Marionnaise
  • la position, en rive gauche de la Guisane, de la Casse du Casset, formée de blocs de granite du Pelvoux sans matrice [carte géologique Briançon au 1/50000]. L'absence de matrice laisse à penser qu'il s'agit là d'un éboulement d'une des rives du glacier du Petit Tabuc sur celui-ci, transporté sans modification de granulométrie jusqu'au front de cet appareil qui, après la fin de la diffluence du Lautaret, venait mourir contre la rive gauche de la Guisane.

On voit enfin qu'au pléniglaciaire ce glacier du Petit Tabuc se raccordait à celui de la Guisane par une chute de séracs haute de 300 mètres environ entre les sites des Planes du Dégoulou (D10) et Sous la Latte (D14).

 

Mise à jour le Vendredi, 18 Janvier 2013 21:18