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Le glacier du Drac pendant le Mindel PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Claude Beaudevin   
Samedi, 09 Mars 2013 09:54

14 juin 2013

Le bassin du Drac

Le Bassin du Drac est un large fossé qui s'allonge, du col Bayard jusqu'à Vizille, sur une longueur de 52 km, sa largeur atteignant 18 km. En le parcourant, on traverse successivement le Champsaur, le Beaumont, le Pays de la Mure avant d'arriver dans la cuvette grenobloise. À l'amont, nous y rattacherons les environs d'Ancelle et d'Orcières, sur le cours moyen du Drac.

On sait que, pratiquement libre de glace durant le Würm, le Bassin du Drac hébergeait, au Riss, un glacier dont l'altitude s'abaissait de 1600 m au col Bayard à 1310 m sur Grenoble. Au cours du Mindel, un vaste glacier l'avait également occupé, qui recevait, au long de son parcours, l'apport de nombreux affluents.

Rive est, en allant du sud vers le nord, c'était successivement :

      • le glacier du Drac moyen

      • ceux de la Séveraissette et de la Séveraisse

      • celui de la Bonne

      • les glaciers de l'Oisans se déversant par les vallées de la Roizonne et de la Romanche.

Rive ouest, les apports étaient beaucoup plus réduits, essentiellement limités à ceux du Dévoluy.

Mais le glacier du Bassin du Drac émettait également quelques diffluences : à son extrémité sud, il se déchargeait d'une partie de ses glaces par le Seuil Bayard, en direction de la calotte durancienne. Un plus loin, il envoyait , par le Col de la Croix Haute, une autre diffluence vers le glacier du Buëch.

Le cas du Seuil Bayard est assez complexe. Aux environs immédiats du col, les glaces du Drac se joignaient, bien entendu à la même altitude, voisine de 2000 m, à celles de la Durance. Une selle glaciaire existait donc ici, à partir de laquelle une partie des glaces des deux glaciers se dirigeait au nord, vers Grenoble, cependant qu'une autre partie, s'orientant vers le sud, participait à la naissance de la calotte durancienne. Mais il est possible également que la totalité des glaces du Drac se soit dirigée vers le nord cependant que la totalité de celles de la Durance engendrait la calotte durancienne. Voire même que ce régime variait en fonction des données climatiques...

À l'extrémité ouest du seuil, disons à la verticale du Col Bayard, le site DM1 montre un glacier culminant à peu près à 1950 m, cependant que les sites témoins DM7 et DM8, proches de son extrémité est, indiquent une altitude du glacier voisine de 2000 m. Sur la longueur du seuil (12 km), le glacier présentait donc une pente dirigée d'est en ouest

Légèrement avant Grenoble, deux petites diffluences franchissaient la barrière du Crêt oriental du Vercors : la première par le Col de l'Arc (1736 m), la seconde par une zone déprimée (1650 m) de l'arête Grande Moucherolle-Moucherotte, un peu au nord du départ des pistes de ski de Lans-en-Vercors.

À l'exception de la forme glaciaire du Col de l'Arc, que voici, ces deux petites diffluences n'ont laissé que quelques traces, sous forme d'une prairie, sur le versant ouest du Crêt, incliné vers l'intérieur du Vercors.

Les dimensions modestes de cette prairie, paturée cependant de nos jours par les moutons, montre que le col n'a été franchi que par une faible épaisseur de glace, à l'exclusion des eaux glaciaires.

Le col de l'Arc dans la vallée du Drac en Isère

Peu après Vizille, le glacier du Drac se heurtait à l'énorme appareil de l'Isère, avant de descendre la cluse de Voreppe. A la sortie de celle-ci, le glacier, réuni maintenant avec celui de l'Isère, s'épanouissait et étalait son lobe jusqu'au Rhône. Il franchissait celui-ci et s'étendait sur sa rive droite, peut-être jusqu'à Annonay, situé en face du débouché de la Bièvre Valloire.

 

Altitude de surface du glacier au pléniglaciaire du Mindel

La méthode des sites témoins, nous a permis d'identifier, sur les deux rives du Bassin du Drac, une vingtaine de sites, dont les caractéristiques figurent sur le tableau suivant. Rappelons succinctement les règles principales qu'utilise cette méthode dans le cas des sommets d'épaulements :

      • Les sommets d'épaulements doivent se situer sur des arêtes plongeant dans la vallée étudiée, sensiblement perpendiculaires au talweg de celle-ci,

      • On retient le site le plus élevé sur chacune des arêtes qui en présente.

 

Ces règles ont été appliquées rigoureusement dans l'étude du glacier du Mindel dans le Bassin du Drac. On relève, en particulier, des altitudes voisines de :

      • 1960 m vers Saint Bonnet en Champsaur (Hautes-Alpes),

      • 1850 m à ND de La Salette (Isère),

      • 1820 m sur la Mure (Isère),

      • 1740 m sur l'arête nord du Moucherotte (Isère).

La pente de la surface glaciaire entre le Col Bayard (Hautes-Alpes) et Grenoble (Isère) était faible, voisine de 0,4%.

L'ensemble des résultats figure sur le graphique ci-dessous. Comme dans le cas des graphiques de ce genre relatifs au Würm et au Riss, la distance de chacun des sites témoins au col Bayard est mesurée, non pas selon une droite joignant les positions de ces deux points sur la carte, mais en suivant le cours du Drac entre le col et la projection orthogonale du site abaissée sur celui-ci.

Altitude de la surface glaciaire dans le bassin du Drac au pléniglaciaire du Mindel

entre le Col Bayard (05) et Grenoble (38)
Englacement de la vallée du Drac au Mindel

La carte suivante positionne géographiquement les sites du graphique précédent :

Circulation des glaces au Mindel dans la vallée du Drac (en bleu foncé)

avec emplacement des sites témoins identifiés
Le glacier du Drac en Isère au Mindel
Image sensible au passage de la souris

Circulation des eaux glaciaires dans le bassin du Drac, le long du Crêt oriental du Vercors

Les mouvements de la glace étant fonction de la pente du glacier, comment celui-ci a-t-il pu exercer une action érosive assez importante pour donner naissance au bassin du Drac ? La réponse est évidente si, à notre suite, on admet le rôle essentiel joué par les eaux glaciaires dans les phénomènes d'érosion. Ces eaux glaciaires de surface, dont nous connaissons les modalités de trajet contre les parois des auges, rejoignaient dès que possible les profondeurs. Elles ont donc exercé leurs actions érosives sur les flancs et sur le fond de l'auge, obéissant à l'action de la gravité et au relief rocheux, mais indépendamment de la pente de la surface glaciaire.

Les eaux glaciaires du glacier du Drac, déjà abondantes au-dessus de 1700 / 1800 m, circulaient à 50 / 150 m sous la surface. Une partie de ces eaux venait se rassembler contre le barrage que constituait pour elle le Crêt Oriental du Vercors, qu'elle cherchait à contourner par le nord ou par le sud pour rejoindre l'Isère ou la Durance. Coulant contre le Crêt, ces eaux glaciaires y ont laissé leur empreinte.

 
En voici deux exemples situés à proximité de Grand Veymont, ceux des ravins de Barri et de Farnaud. Les ravins de Bari et de Farnaud sur le bord est du Vercors (Isère)
 
Le ravin de Farnaud sous l'épaulement de Berrièves

Au pied du Rocher de Seguret, le contrefort qui porte l'épaulement de Berrièves domine un ravin d'érosion très marqué, le Ravin de Farnaud, qui prend naissance à l'altitude 1690 m.

Celui-ci trahit l'existence passée d'un important afflux d'eau qui ne peut être que d'origine glaciaire. Ce sont les eaux glaciaires du glacier du Drac longeant le Crêt Oriental qui ont initié ce ravin.

 

Quelques kilomètres plus loin vers le sud, l'arête de la Quinquambaye qui court du Petit Veymont jusqu'au Grand Brisou domine un énorme entonnoir d'érosion, le ravin de Barri, qui trahit, comme à Berrièves, mais en plus important encore, le passage d'un écoulement d'eau, coulant à 1800 m. Nous sommes ici dans l'emprise du glacier du Grand Veymont et ici aussi, il ne peut s'agir que d'un écoulement d'origine glaciaire.

Le ravin de Barri sous l'arête de la Quinquambaye

Ces deux ravins constituent deux exemples de ravinements d'origine glaciaire qui constituent eux aussi des témoins probants du passage des glaciers.

Les environs d'Ancelle et d'Orcières

Bien que située un peu en dehors du Bassin du Drac proprement dit, nous avons rattaché à celui-ci cette petite partie du cours du Drac moyen, qui présente des reliefs très intéressants : les sites élevés d'Ancelle et d'Orcières.

La cuvette grenobloise au pléniglaciaire du Mindel

Les sites témoins situés sur le pourtour de la cuvette grenobloise nous montrent l'extension des glaces au maximum de cette glaciation.

Nous avons regroupé sur le tableau suivant les sites témoins identifiés précédemment dans les vallées du Drac, de la Romanche et de l'Isèr 

Les sites témoins du Mindel de la cuvette grenobloise

Repère

Appellation

Type

Altitude

du site
(en m)

Altitude

du glacier
en (m)

Coordonnées

CG1

DM6

Arête N Moucherotte

SE

1690

1740

5°38' 05" E

45°09' 22" N

CG2

DM14

Versant N du Sénépy

SE

1760

1810

5°43' 12" E

44°54' 32" N

CG3

DM17

Versant W de la Peyrouse

SV

1700

1750

5°43' 25" E

44°59' 31" N

CG4

DM18

Petite Cuche Arête N du Grand Serre

SE

1690

1740

5°49' 10" E

45°01' 03" N

CG5

Arête S Rocher de l'Homme

SE

1720

1770

5°53' 17" E

45°05' 56" N

CG6

Arête NW Rocher Mottin

SE

1690

1740

5°55' 11" E

45°10' 36" N

CG7

Pas des Terreaux Arête S Dent de Crolles

SE

1680

1730

5°51' 12" E

45°18' 19" N

CG8

Arête S Chamechaude

SE

1660

1710

5°46' 52" E

45°16' 46" N
 

Nous les avons reportés sur la carte ci-dessous, où les valeurs indiquées sont celles de l'altitude de surface du glacier.

On remarquera la bonne concordance des altitudes de la surface glaciaire dans les diverses vallées. On peut estimer que lors du maximum de cette glaciation du Mindel, le glacier qui remplissait la la cuvette grenobloise culminait aux alentours de 1740 m.

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Mise à jour le Mardi, 05 Décembre 2017 12:20